Nouvelles technologies : quelle confiance leur accorder en 2030 ?

Alors qu’il a fallu plus d’un demi-siècle à l’automobile ou au téléphone fixe pour s’imposer et conquérir 50 millions d’utilisateurs, seulement
12 années ont suffi au portable, 5 à Internet et 3 à Facebook. Dans un monde où l’appropriation des nouvelles technologies connaît une telle accélération, il est donc ambitieux de savoir quelles seront celles qui feront partie de notre quotidien en 2030 et quelle sera la confiance que nous pourrons leur accorder. Exercice de prospective avec Valérie Négrier, DGA du département Prospective de Dentsu Consulting.

Valérie Négrier_ Dentsu Consulting

Les grands axes de développements futurs : 5G, IA, blockchain…

Si l’on essaie d’imaginer le futur, celui-ci pourrait s’envisager autour de trois grands axes : les technologies en elles-mêmes, leurs champs d’applications ainsi que les enjeux qui en découlent.
L’intelligence artificielle, la 5G – aujourd’hui en cours de déploiement partout dans le monde –, la blockchain – une technologie très prometteuse mais encore mystérieuse –, et l’Internet « de tout » devraient jouer un rôle clé dans les prochaines années. À plus long terme, l’informatique quantique devrait aussi jouer un rôle majeur.
Ces technologies devraient principalement avoir un impact sur l’humain – sa santé, son bien-être –, la smart city et la mobilité, l’information et les médias ainsi que la monnaie et les moyens de paiement. Pas moins de 18 banques centrales, dont la Banque centrale européenne, réfléchissent et travaillent en effet sur des projets de monnaie numérique. « Un vrai bouleversement dans ce domaine va se produire », prévient Valérie Négrier.
Enfin, au cœur des enjeux, se trouvent les questions liées à la sécurité, aux données personnelles, à l’éthique et au légal, ainsi qu’à l’environnement. Autant de questions qui font référence à des notions de confiance et de transparence auxquelles des réponses vont impérativement devoir être apportées dans un futur proche.

Vers un humain augmenté

La technologie omniprésente, de plus en plus invisible, constitue-t-elle un danger pour notre libre arbitre ? Allons-nous perdre le contrôle et devoir accorder notre confiance sans réfléchir ? Valérie Négrier ne partage pas cette crainte en ce qui concerne les objets connectés. « On voit aujourd’hui que l’on se dirige plus vers un individu augmenté plutôt que dépossédé de sa capacité de décision. Ce qui fonctionne, ce sont plus des outils d’aide à la décision, d’accompagnement ou d’alerte, permettant de sécuriser davantage des actions, que des outils qui prennent le pas sur notre décision. »
D’après elle, une des meilleures illustrations réside dans l’automobile. « Il n’y a pas si longtemps, on nous prédisait l’arrivée de véhicules autonomes sur les routes dès 2021. On voit aujourd’hui qu’on en est loin, pas tant pour des raisons technologiques d’ailleurs que pour des raisons réglementaires. On sait en outre que la conduite dite de plaisir reste importante pour beaucoup. On constate en revanche que les technologies d’aide à la conduite se sont démocratisées et qu’elles sont aujourd’hui une réalité avec des véhicules de plus en plus équipés de capteurs qui permettent davantage de sécurité. Les véhicules autonomes devraient plutôt s’imposer dans des logiques de mobilité partagée, de transports en commun via des navettes autonomes par exemple. Dans le domaine du véhicule personnel, c’est fort peu probable à moyen terme. »

Confiance dans l’information et les médias : la grande inconnue de la décennie

Un des grands défis de ces prochaines années concerne l’information et les médias. « Le trio ‘intelligence artificielle, information et éthique’ est particulièrement à surveiller avec par exemple le déploiement des « deepfakes », ces vidéos modifiées par l’intelligence artificielle tant redoutées en période électorale », souligne Valérie Négrier. « Au risque des « deepfakes » et autres « fake news » s’ajoute celui des « bulles de filtres », ce filtrage de l’information qui s’impose à l’internaute par des algorithmes et l’isole dans ses convictions. Cela constitue une forme de manipulation de l’opinion qui devient une préoccupation majeure. Un phénomène trop grave et important pour que cela ne bouge pas dans les années à venir. »

Le retour de la notion de progrès ?

« L'innovation a remplacé le progrès... Et ce n'est pas forcément une bonne nouvelle », déclarait l’an dernier Étienne Klein, physicien et philosophe, lors des Napoléons.

« La priorité est en effet de passer du technologiquement faisable au technologiquement souhaitable et de faire en sorte que l’innovation technologique redevienne source de progrès social, économique, etc. », conclut Valérie Négrier. Une équation cruciale pour l’avenir qui relève de la responsabilité de tous.