Les Opérateurs télécoms engagés dans la bataille mondiale pour le climat

La COP24, 24è conférence des Nations Unies sur le climat, se tient cette année à Katowice en Pologne. L’occasion pour des centaines d’experts de tous les domaines de s’accorder sur la mise en œuvre de programmes tous plus urgents les uns que les autres. Le secteur des TIC en fait bien sûr partie. Quelles sont les avancées de l’industrie numérique en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) ?
Plongée dans l’univers de ceux qui œuvrent en coulisse pour tenir les engagements de l’Accord de Paris avec Victoria Sukenik, Présidente de la Commission d’Etudes Environnement, Changement climatique et Economie circulaire  à l’Union Internationale des Télécom*, Secteur de la Normalisation.

*L’UIT est l’agence des Nations Unies en charge des Technologies de l’Information et de la Communication dont le siège est à Genève  (capture d’écran ©Google Maps)

Comment l’UIT s’engage-t-elle sur la question du changement climatique ?

En premier lieu, je tiens à rappeler que l’UIT travaille depuis longtemps sur la problématique environnementale des TIC; c’est pour nous un dossier d’une importance majeure.

La Commission que je dirige réalise en particulier des études sur les meilleurs moyens d'évaluation des effets des TIC sur les changements climatiques. Nos travaux les plus récents concernent la recommandation L1450 sur les méthodes de mesure des émissions de gaz à effet de serre du secteur. Une réflexion est engagée pour chiffrer les trajectoires potentielles à atteindre d’ici 2030 et 2050 dans le cadre de l’Accord de Paris. Nous proposons également des recommandations pour aider les entreprises à réduire leurs GES.   

Où en sont les opérateurs sur la  réduction de leurs GES ?

Avec l’évolution des technologies et l’explosion des usages digitaux, le trafic data sur mobile a été multiplié par 18 en 5 ans ! Mais dans les 5 ans qui viennent, ce trafic devrait encore être multiplié par 7, boosté par la croissance des équipements et l’usage de la vidéo. Il faut bien comprendre que dans un contexte de croissance permanente des besoins numériques, les opérateurs sont face à un enjeu majeur, une implacable équation en forme d’injonction contradictoire : offrir toujours davantage de connectivité et de débit tout en réduisant leur empreinte carbone. Les acteurs ont pris conscience de cette responsabilité vis-à-vis de la planète et plusieurs ont déjà stabilisé ou même diminué leurs émissions de GES, comme en attestent d’ailleurs les résultats obtenus par Orange (1). Pour prendre la mesure de cet effort, si les opérateurs télécoms n’avaient pas mis en place des politiques énergétiques extrêmement volontaristes, les trajectoires CO2 auraient explosé ! Reste que cet effort, il faut le poursuivre, encore et toujours davantage…

Quelles sont vos recommandations ?

Optimiser l’efficacité énergétique, faire évoluer les réseaux, passer aux énergies renouvelables, développer le recyclage et l’économie circulaire. Parmi  les pistes à privilégier : je citerais l’utilisation des énergies renouvelables pour alimenter les réseaux et les datacenters (2). Mais aussi, de nouvelles méthodes d’extraction de matières premières et des modes de fabrication des équipements électroniques plus écologiques. Ou encore des dispositifs de recyclage d’installations ou de produits en fin de vie.

Le numérique n’est-il pas en lui-même une solution pour combattre le réchauffement climatique ?

Bien sûr ! Il porte par nature des solutions utiles pour la transition écologique. Nous nous intéressons aux smart cities et au rôle déterminant que les TIC peuvent jouer dans la collecte et l’analyse des données pour la mise en place de services innovants dans les transports, l’énergie, de nombreux secteurs industriels et marchands, l’agriculture... Nous avons constitué, avec d’autres agences des Nations Unies, une plateforme U4SSC (United for Smart Sustainable Cities) ouverte à tous les experts pour échanger et adopter des langages et des standards communs au service d’un système de communication mondial respectueux de l’environnement et des futures générations. C’est un effort énorme et de longue haleine qui demande l’engagement de tous. Nous y sommes déterminés. Et de toute façon, nous ne pouvons, nous ne devons pas faire autrement…

 

(1)Entre 2006 et fin 2017, Orange a réduit de moitié ses émissions de CO2 par usage-client

(2)Orange s’engage résolument en matière d’énergies renouvelables, notamment dans la zone Afrique-Moyen-Orient avec le programme ESCO (Energy Services COmpany) pour un objectif de 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2030. Des fermes solaires sont à l’étude avec une 1ère réalisation d’autosuffisance électrique en Jordanie. En Europe, le Groupe déploie des PPA (Power Purchase Agreement)  pour s’alimenter en énergies renouvelables