Transformation numérique et transition écologique ne sont pas antinomiques

En ces temps de conscience aigüe des problématiques environnementales, de sains et nécessaires questionnements interrogent nos modes de vies notamment en matière numérique. Philippe Tuzzolino, Directeur Environnement d'Orange, apporte sur le sujet son éclairage expert pour remettre en perspective différentes dimensions du phénomène numérique.

Quelque 190 états, des institutions et des ONG sont rassemblés du 3 au 14 décembre 2018 à Katowice en Pologne dans le cadre de la COP24. L’objectif : tracer les feuilles de route par pays pour la mise en œuvre des décisions de l’Accord de Paris de la COP21. Cet événement est aussi l’occasion pour les entreprises de faire le bilan des progrès accomplis dans le cadre des engagements pris en 2017 lors du One Planet Summit de Paris.

Pour rappel, Orange a concrétisé ces engagements en se fixant 2 objectifs ambitieux :

  • réduire de 50 % les émissions de CO2 par usage-client d’ici 2020 (base 2006),
  • intégrer les principes de l’économie circulaire dans l’organisation et les processus du groupe.

Où en est-on de cette démarche pour les opérateurs en général et pour ce qu’on appelle désormais l’économie numérique ?

Transition écologique : et si le numérique faisait partie de la solution ?

On entend souvent parler du « secteur numérique », concept aux contours flous qui rassemblerait les GAFAM, les opérateurs, les fabricants d’équipements et les myriades de plateformes internet, entreprises du web, développeurs et autres sociétés d’ingénierie.

Premier constat : le numérique n’est pas UN secteur. Le numérique est dans TOUS les secteurs. Il est présent dans tous les secteurs de l’activité humaine, l’industrie, les transports, le commerce, tous les SI des entreprises, dans les villes (smart cities), dans notre sphère personnelle... Et de fait, plus le numérique avance, plus les besoins en débit et la facture énergétique associée augmentent. Parallèlement, des actions innovantes et correctives sont déployées afin de les réduire, avec des résultats qui viennent déjà en déduction du bilan global.

Second constat : le numérique est intrinsèquement porteur de solutions favorisant la transition énergétique et écologique. Les smart cities, les smart grids, la domotique permettent une gestion fine de la facture énergétique. La voiture autonome, même si elle est gourmande en données, incarne le futur de mobilités choisies en s’intégrant à des déplacements multi-modaux, l’auto-partage entre particuliers ou au sein de flottes d’entreprises, les plateformes applicatives de services de transport sont en train de bouleverser les règles traditionnelles. Dans d’autres domaines comme par exemple l’e-agriculture, des solutions innovantes permettent une gestion raisonnée des ressources naturelles. Ou encore, le numérique vient directement en support des recherches scientifiques sur le changement climatique, comme le CREA Mont-Blanc ou le programme océanographique Euro Argo soutenus par Orange…

Il faut laisser au numérique le temps de déployer son potentiel

C’est le troisième grand constat : même si toutes ces avancées numériques sommairement évoquées ci-dessus sont prometteuses, leurs effets ne sont pas encore totalement effectifs.

Le numérique est un formidable levier de transformation d’un ancien monde  très carboné vers un futur plus écologiquement « smart ». Mais pour le moment, nous sommes dans une situation de transition et de fait, les impacts environnementaux du numérique viennent en réalité s’ajouter aux impacts de « l’ancien monde » (un peu à l’image des débuts de l’automobile quand celle-ci s’ajoutait aux nuisances du transport hippomobile). Il faut donc laisser au numérique le temps de produire pleinement ses effets. Le clouer dès maintenant au pilori de l’écologie est une erreur d’appréciation et reviendrait à jeter le bébé avec l’eau du bain ! Incidemment, ces analyses à charge sous forme de projections établies  à partir d’une trop brève période d’observation ne relèvent pas d’une méthode d’analyse scientifique avérée et ne prennent pas non plus en compte les réductions déjà opérées et/ou en cours.

Le numérique est partout donc, mais il est à la fois dans une phase de développement –par la croissance de ses usages - et de transition par sa substitution progressive et sur le long terme d’un vieux monde industriel qui à terme va disparaître tel que on le connaît aujourd’hui. Il s’agit bel et bien d’un total changement de paradigme et la montée en puissance du numérique vers sa phase de maturité mettra en évidence sur le long terme des effets positifs qui seront alors bien plus significatifs.

Les opérateurs eux-mêmes, organisés en diverses structures de coopération et de partage de bonnes pratiques, doivent gérer ce double mouvement. En 2017, Orange a lancé avec l’organisation onusienne l’Union Internationale des Télécommunication et le cabinet Carbone 4 la réalisation d’une méthodologie pour le secteur des TIC afin de positionner leur contribution pour l’atteinte de l’objectif des 2 degrés du Traité de Paris.

Cette démarche s’inscrit dans un corpus de plus en plus large d’initiatives prises individuellement ou collectivement par l’ensemble des acteurs du secteur numérique. Un mouvement qui délivre 3 indications majeures :

  • les actions menées sur le front énergétique produisent d’ores et déjà des résultats probants puisqu’elles nous permettent de stabiliser des courbes qui auraient dû exploser si nous n’avions rien fait ;
  • elles démontrent que cette phase de transition permet d’anticiper des évolutions a priori défavorables, à la condition d’un engagement collectif de l’ensemble des acteurs du secteur numérique ;
  • elles illustrent enfin, chacune à leur manière, sur fond d’innovation rapide, de croissance élevée des besoins et de transition obligée, le passage d’un « ancien monde » industriel et hyper-énergivore à un monde plus responsable en ligne avec les objectifs de l’Accord de Paris et la volonté de sauvegarder les ressources ;

Les opérateurs, et Orange tout particulièrement, se sont résolument engagés dans cette dynamique.