3 questions à Bhautik Joshi, spécialiste I.A pour le prochain film de Kristen Stewart

Via la technologie Neural Style Transfer, l’ingénieur chez Adobe Bhautik Joshi a travaillé avec Kristen Stewart sur des séquences de son prochain film redessiné grâce à l’intelligence artificielle? Rencontre.

Orange Pop : Vous venez de cosigner un article scientifique avec Kristen Stewart sur l’intelligence artificielle appliquée à l’art. Comment s’est passée cette collaboration ?

Bhautik Joshi : En 2016, j’ai commencé à m’intéresser à cette technique appelée le Neural Style Transfer qui permet de redessiner une image dans un style précis de peinture en utilisant pour ça un réseau de neurones. Sur le papier, cette technique est très cool mais elle peut être aussi utilisée pour raconter des histoires autrement. J’ai donc joué avec ça en faisant une vidéo qui reprend des passages de2001: l’odyssée de l’espace dans le style de Picasso période cubiste. Internet est devenu dingue de cette vidéo et Kristen Stewart m’a contacté via son producteur. Elle travaillait sur son premier film en tant que réalisatrice et elle voulait redessiner certaines scènes de son film dans le style d’une peinture qu’elle avait faite. Nous avons donc travaillé ensemble sur des séquences vidéo et nous en avons tiré aussi un article afin de documenter tout ça. Cet article n’est donc pas vraiment sur comment fonctionne une nouvelle technologie mais plutôt sur comment en tirer quelque chose de créatif.

O. Pop : A quel point dans le futur,  l’intelligence artificielle peut devenir importante dans l’art ?

B. J : Je pense que l’IA va jouer un rôle à ce niveau là mais je ne sais pas à quel point. Vis-à-vis des artistes, je la vois davantage comme un compagnon que comme un remplaçant. Tout ça ne peut pas fonctionner tout seul. Pour arriver à un résultat artistique de qualité, il faut retravailler ce que propose l’IA. Par contre, il est vrai que l’intelligence artificielle peut être un bon moyen pour aider un artiste à commencer une œuvre. Mais ensuite, il faut toujours que l’artiste retravaille ce qui est proposé. A mon avis, il faut davantage voir l’IA comme un outil, comme une sorte de nouveau pinceau par exemple. Je pense que l’intelligence artificielle peut changer beaucoup de choses dans la société mais ce qui ne changera pas fondamentalement, c’est l’art. Car l’art est quelque chose de fondamentalement humain. C’est par exemple ce qui nous différencie de la plupart des autres espèces.  

O. Pop : Ne pensez-vous pas que d’elle-même, l’IA pourrait écrire des films ou des livres intéressants ?

B. J : Pas vraiment car certaines notions comme l’originalité ou l’inspiration restent assez fondamentalement humaines. Et surtout, l’IA a besoin d’être entraînée. Elle a besoin d’une sorte d’input avant de pouvoir faire quoi que ce soit. Et elle ne peut pas vraiment comprendre des notions comme le cool ou la mode. Mais c’est forcément fascinant d’imaginer ce qui se passerait si un ordinateur pouvait faire la même chose qu’un artiste. Je pense pourtant qu’il n’y a pas vraiment de réponse à cette question. La vraie réponse sera beaucoup plus profonde que tout ce que nous pouvons imaginer pour le moment.

Bhautik Joshi, spécialiste de l’I.A © Bhautik Joshi/Matthew Almon Roth