3 questions à Hicham Kochman, aka Axiom, rappeur, producteur et CEO de la start-up KEAKR

Véritable touche-à-tout, le rappeur Axiom a lancé il y a quelques semaines KEAKR, une application dédiée à la pleine expression des talents urbains et de la culture Hip Hop. Tour d’horizon d’une start-up qui risque de faire du bruit.

Orange Pop : Commençons par le commencement. Comment as-tu eu l’idée de créer KEAKR et comment s’est déroulée la phase de développement, puis de lancement ?

Axiom : Ça faisait déjà longtemps que je songeais à une créer plateforme destinée à réunir les créatifs du Hip Hop et par extension des musiques urbaines. C’est finalement l’aboutissement d’un parcours et de mon idée, devenue réalité, du centre culturel Hip Hop dans les Hauts de France, le Flow.

J’avais constaté très tôt une réelle absence de bannière numérique pour nous. Cette future plateforme devait donc impérativement nous permettre d’exposer nos contenus mais aussi de créer du lien. Au fil de la réflexion, le média social est devenu une évidence. Puis, la forme d’une application smartphone s’est imposée d’elle même, suite aux multiples rencontres que j’ai menées au sein de la communauté, avec les plus jeunes, lors d’ateliers d’écriture ou dans la rue, mais aussi avec les développeurs.

Le développement a été difficile, chercher la bonne formule et trouver les bonnes personnes prend du temps. Quand au lancement, il s’est fait simplement par le bouche à oreille, en sillonnant les petits événements qui rassemblent la communauté Hip Hop. Ça paraît simple dit comme ça mais notre communauté n’est pas dupe. Elle ne bosse qu’avec des personnes dont elle respecte l’activisme, les valeurs ou le parcours.

Après avoir lancé un premier test grandeur nature, nous avons très vite été dépassés par le nombre d’inscriptions. Stabiliser une application, complexe d’un point de vue technologique, est un processus long et difficile. À présent, nous sommes technologiquement prêts à communiquer à plus grande échelle et pouvons nous appuyer sur un vrai réseau international qui ne cesse de s’étoffer. C’est une vraie victoire, d’autant que peu y croyait au début, si ce n’est les vrais potes et quelques visionnaires avisés. L’une des premières leçons que j’en tire c’est qu’il est important d’être équilibré et bien entouré lorsqu’on s’engage dans ce type de projet.

O. Pop : KEAKR est à la fois une application au service des cultures urbaines et de la « hip-pop » culture, et une start-up innovante qui surfe sur les nouvelles technologies et les outils de partage et de communication. Comment maries-tu ces deux aspects ? Aussi, quels sont les sources de revenus et les débouchés de KEAKR ?

Axiom : L’application s’appelle KEAKR, à comprendre « Kickeur », un rappeur qui « jette son texte, sa rime ». Avec l’habitude, on utilise ce mot aussi pour dire « génie ». Par exemple, on peut être un kickeur en math. Le graphisme est signé HB District, un grapheur-graphiste de renom qui a notamment réalisé mes pochettes d’album. Bien qu’elle ait grandi en maturité et en taille, je bosse quasiment avec la même équipe qu’à mes débuts. Faire le lien entre Hip Hop et start-up s’est donc fait assez naturellement. De manière générale, la création a toujours été avant-gardiste et innovante dans la culture Hip Hop.

Du fait de la portée internationale qu’offre le numérique, la différence se ressent plutôt au niveau de la taille des marchés. S’agissant du seul marché francophone, les opportunités sont immenses. S’ajoutent d’autres facteurs comme la double nationalité de nombreux d’entre nous, mais aussi notre culture américaine qui s’est forgée en suivant les parcours de légendes comme Michael Jackson, Michael Jordan, mais aussi Dr. Dre et son aventure Beats. Tout cela représente de vraies inspirations entrepreneuriales qui s’ajoutent à des exemples français comme ceux de Booba, Maître Gims, Dawala ou encore Stromae en Belgique. Des années plus tôt, Kenzy du Secteur A était même déjà une référence en la matière.

Les sources de revenus potentiels de KEAKR sont nombreuses, mais notre but est surtout de continuer un développement avec la communauté qui dès le début a été au rendez-vous. C’est avec elle que l’on définira le futur business model. L’idée est de rester fidèle à cette même démarche que j’emprunte depuis toujours en tant qu’artiste ou producteur. Ce milieu, fort des liens et de la philosophie qui le traverse et l’anime, est aujourd’hui mondial. Il ne se résume pas à une danse ou une musique. Il s’agit d’une culture à part entière.

O. Pop : Tu parles de créer du lien, de rassembler des communautés grâce à KEAKR. C’est à dire ? Peux-tu nous expliquer comment cela fonctionne ?

Axiom : KEAKR est d’abord sortie en France et en Belgique. Son principe est simple :

  1. Tu choisis l’instrumentation dans le genre que tu kiffes (Boom bap, trap, cloud, trip hop, dancehall, jazzy, electro, etc.) ou alors le mode A cappella.
  2. Tu choisis un filtre vidéo.
  3. Tu enregistres directement ton clip.
  4. Tu sélectionnes un effet de voix.
  5. Une fois que le son a automatiquement été mixé et masterisé, tu envoies ton contenu partout sur les réseaux sociaux.
  6. Ta vidéo apparaît aussi sur KEAKR, dans la rubrique « Street ». Les gens peuvent valider, partager ton contenu et commenter.
  7. Tu peux aussi challenger les autres utilisateurs via une fonction « Battle » unique en son genre.

La communauté est déjà présente sur l’application. Déjà des talents se sont révélés. Déjà des deals entre beatmakers et rappeurs ou chanteurs se sont faits. Punchlynn, une jeune rappeuse, a posé avec MK-Zoo, l’un des beatmaker français les plus talentueux. Déjà des compilations ou des clips collectifs se sont montés à partir de l’application. Et ce en moins d’un mois !

Des rappeurs comme SeultouSado MCJack Ardi ou encore la rappeuse A2N ont pu montrer leurs performances. La plupart de ces artistes sortent des clips et même des albums, comme L’originale K. Des beatboxers s’y sont mis, ainsi que le triple champion du monde de danse Hip Hop, Sofiane Felouki, qui a fait une performance sur KEAKR. Mais aussi des DJ, comme DJ Wars qui file des rendez-vous mix-scratch en mode Corée du Sud. Les beatmakers sont peu valorisés en France, avec KEAKR on les remet au centre.

Tous ces artistes ont du talent. La plupart font ça pour le plaisir, d’autres essaient de vivre de leur art. Autant de problématiques auxquelles KEAKR essaie de répondre. Il ne s’agit pas juste d’une plateforme ou d’une simple application, mais bien d’un laboratoire, celui des usages de la communauté dans les musiques urbaines. KEAKR c’est tout simplement Nous

Le rappeur Axiom