3 questions à Jean-Max Méjean, spécialiste d’Almodóvar : “Il disait qu'il était Andy Warhol avec une perruque brune”

Si Pedro Almodóvar est souvent vu aujourd’hui comme un ovni au cinéma incomparable, il ne faut pas oublier que c’est au sein du mouvement culturel de la movida que le cinéaste a taillé cette identité si marquée. Retour sur la movida avec Jean-Max Méjean, spécialiste français de Pedro Almodóvar.

Orange Pop : On décrit Pedro Almodóvar comme un enfant de la movida. Mais qu’est-ce que la movida ?

Jean-Max Méjean : La movida est un mouvement culturel apparu subitement après la mort de Franco au milieu des années 70. Dès sa naissance, ce courant était un violent pied de nez par rapport à l’Espagne de Franco, qui était un pays très catholique où rien n’était permis. La preuve est que la cinémathèque de Madrid ne proposait pas les films qui intéressaient Pedro Almodóvar. Il était donc parfois obligé d’aller les voir en France. C’était l’époque où Salvador Dalí avait dit que Perpignan était le centre du monde car tous les espagnols passaient la frontière pour aller voir les films les plus subversifs en France. La movida a énormément marqué les premiers films d’ Almodóvar comme Le Labyrinthe des passions ou Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?. C’était une sorte de révolte un peu punk, anticléricale et très tournée vers l’apparition de l’identité transgenre, que l’on retrouve beaucoup dans la filmographie d’Almodóvar.

O. Pop : Quelle place tenait Almodóvar au sein de la movida ?

J.M.M : Au début, Pedro Almodóvar était surtout lié à la movida sur le plan musical. Effectivement, il ne faut pas oublier qu’il a commencé en tant que musicien avec son groupe Almodóvar & McNamara. C’est pour ça qu’on peut le comparer par exemple à Emir Kusturica qui est également musicien et réalisateur. D’ailleurs, dans le film Le Labyrinthe des passions qui date de 1983 et qui marque vraiment le début de la movida, il chante une chanson assez symptomatique de l’époque. Les paroles sont « Voy a ser mama », donc « Je serai une maman ». Il dit qu’il veut faire des enfants. Ce qu’on va retrouver dans une grande partie de sa filmographie.

O. Pop : Sa position dans ce courant culturel a-t-elle évolué avec le temps ?

J.M.M : Rapidement, Almodóvar s’est auto-institué le pape de la movida. On a rapproché à tort ou à raison ce mouvement de l’underground new-yorkais, tant et si bien que Almodovar, qui a pas mal d’humour, disait à l’époque qu’il était Andy Warhol avec une perruque brune. Il paraît même qu’un jour, lors d’une soirée à Madrid, Almodóvar a rencontré Andy Warhol et ce dernier lui a dit : « Je suis bien content de rencontrer mon double brun. » J’aurai adoré assister à cette scène !