Trois questions à Margaret Dean, co-présidente de Women in Animation et Directrice Générale de Stoopid Buddy Stoodios

À la tête du plus grand studio de stop motion du sud de la Californie, Margaret Dean est également une ardente défenseure des femmes dans le secteur de l’animation. Elle nous parle de leur place et de leur rôle dans la production et la création des films animés, de leur image et leur représentation à l’écran, mais aussi des actions de Women In Animation en leur faveur.

Orange Pop : Comment votre organisation, Women In Animation, est-elle née et pourquoi ? Quelles sont ses actions et ses objectifs ?

Margaret Dean : Women in Animation (WIA) a été fondée il y a plus de 20 ans afin de rassembler une poignée de femmes qui s’étaient aventurées dans le secteur de l’animation. Son but initial était de soutenir les femmes qui se trouvaient souvent seules dans les réunions, les équipes et les studios. Il y a deux ans, WIA s’est fixé un nouvel objectif : 50-50 d’ici 2025. Nous voulons que 50% des rôles créatifs dans l’animation soient occupés par des femmes. Tous nos programmes sont axés sur cet objectif. Au cours des deux dernières années, les femmes sont passées de 20,63% à 23,22% du personnel créatif à Los Angeles (The Animation Guild 839). L’augmentation est encourageante, mais ne suffit pas encore pour atteindre notre objectif de 50-50 en 8 ans.

En plus d’offrir des programmes qui développent les talents féminins, tels que le mentorat, les ateliers de renforcement de compétences et les projections, nous avons une stratégie de plaidoyer, qui nous pousse à aborder le problème des deux côtés : en travaillant avec l’industrie et tous les grands studios pour ouvrir plus largement les portes, et avec les femmes pour qu’elles aient plus confiance en elles et qu’elles se donnent les moyens de leurs ambitions.

O. Pop : Comment l’image et la représentation des femmes dans les films d’animation ont-elles évolué depuis les premiers grands classiques de Disney jusqu’aux productions récentes, plus progressistes ou tout simplement plus fidèles à la réalité ? Aussi, peut-on dire que l’animation japonaise était un pionnier dans cette affaire (le Studio Ghibli en particulier) ?

M.D : Il y a eu de grands progrès en terme de représentations des femmes et des filles dans l’animation. Si l’on compare Blanche Neige et La Belle au Bois Dormant à Judy Hopps (Zootopia), la différence est évidente. Mais si l’on se base sur les études de l’Institut Geena Davis, on remarque que le nombre total de personnages féminins ne reflète toujours pas la réalité de la répartition par sexe de la population. Et comme elle l’a dit plusieurs fois, si un public voit un monde sur l’écran qui est principalement masculin, alors le message compris est que les femmes ne comptent pas.

Toutefois, nous savons que les gens des studios travaillent dur pour corriger cette fausse représentation. Je m’attends à voir une grande amélioration au cours des prochaines années. Au cœur de la mission de WIA, il y a la conviction que le fait d’avoir plus de voix diverses et féminines rendra l’animation et notre culture plus riche, plus amusante et plus lucrative.

Miyazaki est absolument pionnier dans ce domaine. La plupart de ses personnages principaux sont des filles, avec du cran, aventureuses, réfléchies et intelligentes. J’ai découvert ses films dans les années 80 lorsque j’élevais mes enfants. J’étais tellement soulagé de pouvoir proposer à ma fille comme à mon fils quelque chose à regarder qui leur offre un regard alternatif. Il est regrettable que ses films ne soient pas connus par davantage de parents. Mais je ne donnerais pas la médaille de pionnier à l’ensemble de l’animation japonaise. Beaucoup d’Anime ont défait tout le bien que Miyazaki a fait. Peut-être que s’il y avait plus de femmes dirigeant et écrivant des Anime, nous serions témoins de l’émergence d’une incroyable forme artistique.

O. Pop : Derrière l’écran, que pouvez-vous nous dire sur la représentativité des femmes et la parité dans les studios de création et de production d’animation ? Même aujourd’hui, qu’est-ce qui explique que les femmes soient toujours une minorité dans ce secteur ?

M.D. : Nos recherches ont montré que les programmes d’animation à l’échelle du pays étaient principalement fréquentés par des femmes. L’année dernière, le California Institute of the Arts (Cal Arts) a annoncé que son programme d’animation était à 75% féminin. Or, il s’avère que les femmes n’occupent que 23% des emplois créatifs. Fait intéressant, elles occupent toutefois 65 à 70% des emplois de gestion de production. Les femmes ne se retrouvent pas à l’endroit où leurs voix seront entendues, mais plutôt dans un rôle où elles favorisent et soutiennent la vision des autres.

La culture du moindre risque tend à ce que les mêmes personnes obtiennent les mêmes postes encore et toujours. Il y a beaucoup d’argent en jeu et les gens ne sont pas prêt à miser sur de nouveaux talents. Aussi, des idées fausses persistent toujours, comme celle qui voudrait que les garçons ne regardent pas d’histoires avec des héroïnes féminines, ou celle encore qui dit que les femmes ne savent pas comment raconter d’histoires de garçons. Il ne faut pas oublier que cette industrie est toujours contrôlée par des personnes d’une génération plus âgée (la mienne), qui ont encore de vieux à priori sur ce que les femmes peuvent et ne peuvent pas faire. Mais il y a quelque chose de différent dans le leadership à venir. La plupart des hommes plus jeunes que je rencontre embrassent complètement l’idée que les femmes puissent avoir des rôles créatifs et les considèrent comme une incroyable ressource inexploitée.

Et puis il y a les femmes elles-mêmes, qui souvent n’ont pas confiance en elles et doivent être accompagnées pour décrocher un poste, quel qu’il soit. D’une certaine manière, il est contraire aux codes sociaux de la plupart des femmes d’être agressive, en particulier pour leur propre compte. Et c’est ce qu’il faut pour réussir dans l’industrie créative. Vous devez être talentueuse, dure et motivée. Le travail de WIA est de leur rappeler qu’elles méritent d’être entendues, et de les soutenir dans ces épreuves et ces difficultés en construisant une communauté de personnes engagées pour une plus grande diversité dans les films d’animation, de télévision, de courts métrages, dans les jeux vidéos, la VR/AR et les VFX.

Margaret Dean, Wonder-Woman militante et co-présidente de Women In Animation