La Street Culture prend de la hauteur

En 2018, comment peut-on définir la street culture ? On tente de répondre à la question avec l'aide de deux start-up qui n'ont pas fini de faire parler d'elles.

D’après Wikipédia, la culture urbaine recouvre l'ensemble des pratiques culturelles, artistiques et sportives issues de l'espace urbain.

On vous l’accorde, ça veut tout et rien dire à la fois.

Lors de notre passage à La Place, espace culturel dédié à la street-culture situé en plein cœur de Paris, nous avons essayé de trouver une définition précise… la tâche s’est avérée plus difficile que prévu. Bien que ses fondements soient gravés dans le marbre, elle est en perpétuelle évolution, et on assiste même actuellement à son essor lorsqu’on voit tous les éléments qui la constituent au devant de la scène mainstream.

Étant arrivée en France au début des 80’s grâce au Hip-Hop (culture nouvelle regroupant plusieurs disciplines dont le genre musical basé sur des samples de vieux morceaux, qui aborde les conditions de vie de la communauté noire américaine), elle ne fait pas immédiatement l’unanimité. Certains la trouvent trop violente, d’autres trop excluante… avec le recul, on peut tout simplement observer que beaucoup ne la comprenaient pas. Les jeunes des quartiers sensibles à travers le monde, eux, en ont saisi les codes très rapidement.

Pour Karym Mbakam « c’est une culture qui a été mise de côté », une culture que nombreux découvrent toujours donc. Le fondateur de la plateforme participative U.One insiste : « cette culture a une vie ». Début 2017, il se lance avec Chrystèle Sanon dans l’aventure U.One, les deux amis sont prêts à prendre le monde d’assaut et proposer une plateforme au contenu soigné, réfléchi, impactant… et urbain. Cette plateforme est en quelque sorte le « laboratoire » de préfiguration de la chaine de télévision HD qu’ils projettent de lancer fin 2018 en France et en Afrique francophone notamment.

Pendant longtemps, la culture urbaine a été associée aux facettes les plus controversées et donc médiatisées de la banlieue. Pour Laurence Le Ny, directrice écosystème start-up des industries créatives chez Orange, face à la montée du mouvement, un seul enjeu : « il ne faut pas que ce soit ‘ghettoïsé’ et qu’on se dise que c’est pour une niche ».

Dorénavant, les codes de cette culture sont utilisés dans tous les domaines clés de l’entertainment et de l’art.

Quand Chrystèle dit « toutes les industries subissent ces influences, que ce soit la mode, le cinéma, le luxe… », comment ne pas penser aux nombreuses collaborations comme Louis Vuitton X Suprême pour la mode, Catherine Deneuve qui partage l’écran avec Nekfeu au cinéma ou encore le virage Pop-Urbain de l’ancienne coqueluche de la country américaine Taylor Swift.

Alexandre Bananier et son frère Josué ont une idée de génie : ils décident de lancer Rekyou en 2016 avec pour but de mettre en relation des studios d’enregistrements et des artistes.

Pour Alexandre, le digital est pour beaucoup dans ce changement de paysage culturel. Quand il évoque son projet, il s’exprime: “aujourd’hui il y a de la place, on est prêt à devenir gros”.

Ce que U.One et Rekyou ont en commun, c’est cette volonté de promouvoir la qualité et dans un sens montrer une image beaucoup plus rayonnante de la street culture. Toutefois, ces 2 plateformes se rejoignent pour dire qu’il s’agit d’une culture qui doit continuer de grandir, de se présenter à des personnes n’en faisant pas forcément partie.

Arnaud Houndjo, responsable de l’espace entrepreneuriat aka « L’Espace E » est d’accord : « C’est un lieu qui a été créé pour ouvrir cette culture aux autres ».

En 2016, Deezer dévoilait que la musique la plus écoutée sur sa plateforme de streaming était le Rap, avec Jul, PNL, Sch, Booba et Maitre Gims en tête des artistes les plus joués. Fini donc le temps où toutes les soirées étaient rythmées par la tecktonik, aujourd’hui ce sont les punchlines bien tournées (ou pas) et les sonorités Trap qui semblent faire l’unanimité.

Karym se prononce : « On parle de street culture, de culture urbaine, mais ce n’est plus ça… c’est la culture des millenials ». Pour Chrystèle, c’est encore plus clair : “Aujourd’hui, que l’on s’adresse aux jeunes ou aux moins jeunes, la plupart des codes que l’on utilise viennent de l’urbain”.

Finalement, la culture urbaine ne fait-elle pas tout simplement partie intégrante de notre quotidien à tous? Laissant derrière elle son étiquette “niche”, c’est aujourd’hui la culture de tous.