Les jeux vidéo ont-ils quelque chose à nous apprendre ?

Le jeu vidéo est-il un bon professeur ? A l’occasion de la 7ème édition de la Paris Games Week, qui se tient du 27 au 31 octobre, nous avons interrogé Yann Leroux, psychanalyste membre de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines… et gamer invétéré !
#EdTech

Le débat entre jeux vidéo et éducation s’est longtemps résumé à la violence ou à la fuite de la réalité. Qu’en est-il aujourd’hui ?

On a toujours aimé pointer du doigt les jeux vidéo pour expliquer certains actes. Mais à ce jour, aucune corrélation n’a été établie entre jeux vidéo et comportements violents. Si le jeu vidéo peut rendre agressif sur le moment, cela tient à l’effet de compétition plus qu’à la violence des scénarios.

 

 

On reproche aussi aux jeux vidéo d’entraîner un phénomène d’addiction. Est-ce vrai selon vous ?

L’addiction est, avec la violence, l’autre monstre du Loch Ness ! Le jeu « excessif » existe, mais essentiellement à la sortie de l’adolescence : la personne joue non plus par plaisir mais pour éviter de penser ou vivre autre chose. Il faut alors s’alarmer mais dans ce cas le jeu vidéo est un symptôme, un exutoire, non une cause première.  

 

En France, l’âge moyen des joueurs est de 35 ans. Le cliché du hardcore gamer asocial est donc dépassé...

 

Pour démonter les caricatures, ne faut-il pas commencer par rompre avec la vision du jeu vidéo essentiellement adressé aux jeunes ?  

Le public des jeux vidéo s’est en effet considérablement élargi, notamment avec l’arrivée des jeux sur smartphone et tablette. En France, l’âge moyen des joueurs est de 35 ans. Le cliché du hardcore gamer asocial est donc dépassé.
Les motivations du public autour du jeu vidéo sont aujourd’hui très diverses, entre :
celui qui recherche le pur plaisir du jeu, l’excitation de la compétition,
celui qui aime explorer tous les aspects et recoins d’un univers de jeu, qui est séduit par l’imaginaire associé au jeu et apprécie endosser le costume d’un elfe par exemple…
celui qui joue pour l’expérience sociale associée au jeu plus que pour le jeu en lui-même…
Et, pour revenir au sujet de l’éducation, une catégorie plus récente de joueurs s’intéresse précisément au développement de ses capacités cognitives via les jeux vidéo.

 

Les qualités pédagogiques et éducatives des jeux vidéo sont-elles avérées ?

Oui, même s’il y a sans doute eu des promesses excessives dans ce domaine. La dégradation des facultés cognitives étant une peur des personnes âgées, les éditeurs ont vu une opportunité de répondre à cette crainte. Des programmes d’entraînement cérébral ont vu le jour. Mais les arguments avancés par les éditeurs dépassent souvent la réalité. Il a été démontré que ces jeux n’ont aucune incidence sur le QI.
Ce que je crois, en revanche, c’est que les jeux vidéo aident à développer des compétences : affectives et sociales, de planification ou de coordination… Des joueurs m’ont confié avoir appris l’anglais, le japonais ou le coréen pour mieux communiquer dans un jeu vidéo ! 

 

Vous voyez aussi le jeu vidéo comme un moyen de se familiariser au domaine numérique dans son ensemble. Que voulez-vous dire par là ?

Pour bien jouer ou mieux jouer, les joueurs visionnent des tutoriels sur YouTube, recherchent des solutions sur des forums en ligne, laissent des commentaires, entrent en interaction avec les autres… Ils peuvent même « réseauter », chercher à rencontrer des joueurs ou blogueurs réputés, s’impliquer dans des événements comme la Paris Games Week
 
Ces qualités d’agilité et de débrouillardise sont bonnes à développer et pourront être mises à profit dans d’autres contextes, notamment professionnel.