IoT et santé : du bien-être à la meilleure gestion de sa santé

73 millions, c’est le nombre d’objets de santé connectés dans le monde en 2016. Plus de la moitié d’entre eux sont des wearables, ces objets qui permettent de contrôler notre activité physique ou notre alimentation. Comment modifient-ils notre rapport à la santé ? Quelle place occupent les dispositifs médicaux dans ce domaine ? Et quelle confiance accorder à ces nouveaux objets et services ? Rémy Choquet, directeur Innovation et Prospective d’Orange Healthcare, revient sur les enjeux de la santé connectée.

Photo Remy Choquet

L’internet des objets (IoT) transforme aujourd’hui tous les secteurs d’activités. Qu’en est-il spécifiquement dans le monde de la santé ?

Rémy Choquet : Des outils de mesure, parfois « connectés », existent depuis longtemps dans le monde hospitalier (monitoring). De nouveaux outils de mesures personnels sont effectivement apparus ces dernières années. Ceux-ci sont généralement utilisés pour la motivation personnelle (activité physique, poids), ce qui peut être un levier de réduction de facteurs de risque (cardio-vasculaires, cancers). Des nouveaux dispositifs de mesure permettent d’accompagner la télémédecine sont actuellement en cours de développement pour le télé-suivi du diabète, de l’insuffisance cardiaque chronique, l’insuffisance rénale chronique et l’insuffisance respiratoire chronique.

Par exemple ?

R. C. : Chez Orange Healthcare, nous avons construit il y a quelques années un service de connectivité très sécurisé pour les patients implantés d’un défibrillateur ou d’un pacemaker, qui permet au professionnel de santé de suivre le patient et le dispositif à distance. Nous participons aussi à une expérimentation pour des patients pris en charge dans le cadre de cancer où le patient est équipé d’un dispositif de suivi d’activité physique et nutritionnel adapté à sa situation et validé et prescrit par un médecin.

La télésurveillance ou le télé-suivi par l’IoT va t-elle modifier les rapports entre patients et médecins voire bousculer les parcours de santé ?

R. C. : Il y a clairement un enjeu organisationnel. En mettant en place un nouveau dispositif de surveillance des pathologies à distance, on bouscule les protocoles habituels (rendez-vous médicaux programmés, visites en cas de complication...). Et des questions concrètes se posent : le patient doit-il porter en permanence ce dispositif ? Sera-t-il assez autonome pour le gérer ? Dois-je, en tant que médecin, modifier mon plan de soin et espacer les visites de 1, 2 ou 3 mois ? Sans compter que le médecin doit lui-aussi intégrer ce nouveau mode de suivi dans sa pratique professionnelle quotidienne. Beaucoup de changements en perspective pour les patients, comme pour les médecins, et nous l’espérons accompagné d’une amélioration de l’efficacité de la prise en charge tout en maitrisant mieux les coûts pour le système de santé.

Vous évoquiez les montres connectées comme éléments de stimulation pour améliorer sa santé. Avec les bracelets, ce sont les applications IoT les plus visibles du  grand public. Ces objets relèvent-ils vraiment de l’IoT santé ?

R. C. : Oui et non. Non, car ce ne sont pas des objets conçus dans un but médical à priori. Et oui car, avec l’expansion de la télémédecine, ils peuvent être des supports pouvant éclairer le médecin dans certains cas. Mais, pour qu’un objet passe d’une utilisation personnelle pour son bien-être à une utilisation par un professionnel de santé, il doit répondre à un cahier des charges particulier tant au niveau de sa fiabilité que des risques inhérents à son utilisation. Il faut que les mesures soient justes au regard de l’utilisation des données. Par exemple certains cardiomètres grand public ne donnent pas les mêmes mesures en fonction de la température ambiante. L’hébergement des données de santé doit par ailleurs être sécurisé ainsi que la transmission des informations. Garantie doit être donnée pour que l’utilisation des données soit restreinte à un contexte précis dont vous avez été préalablement informés et y avez consentit. On pourrait donc distinguer l’IoT de l’IoMT (Internet of Medical Things) : ce qui définit le caractère médical ou non d’un objet, c’est l’usage qu’on en a et le contexte dans lequel il est utilisé.

Existe-t-il des normes pour ces objets ?

R. C. : Des groupes de travail en Europe et en France, dont Orange fait partie, étudient la possibilité de créer une norme, (ou un « label ») afin d’apporter un minimum de garantie à tous ces objets grand publics qui se disent « bons pour la santé ». Cela aiderait les individus et professionnels de santé  industriels de se positionner clairement sur ce marché spécifique avec des produits sûrs et des garanties concernant la protection des données personnelles.

Justement, la protection des données personnelles est l’un des principaux enjeux de l’IoT. Comment garantir aux patients la confidentialité de leurs données médicales ?

R. C. : La nouvelle réglementation européenne (RGPD) qui entrera en vigueur en mai 2018 sera plus protectrice pour les citoyens européens concernant la protection des données personnelles. En France, les données de santé doivent être confiées à un hébergeur agréé, assurant ainsi un niveau de protection maximal de ces données très sensibles. Bien que ce dispositif ne s’applique pas à toute donnée de santé, chez Orange, nous pensons que toute donnée personnelle de santé doit bénéficier du meilleur niveau de protection, aussi nous proposons à nos clients et partenaires les meilleures garanties.

Polyarthrite rhumatoïde : l’Intelligence artificielle au service de la détection des crises

C’est une avancée majeure annoncée par Orange Healthcare et Sanoïa en collaboration avec l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière : les poussées dans les rhumatismes inflammatoires peuvent être détectées grâce à un bracelet connecté avec un taux de fiabilité de 96 %. Pour parvenir à ce résultat, 15 millions de données ont été collectées sur 170 patients grâce à des capteurs. Un outil de machine learning (apprentissage automatique), développé par Orange Labs, a traité l’ensemble de ces données pour établir un modèle prédictif. Cette innovation permet en premier lieu l’amélioration du suivi des patients. Pour les chercheurs, elle accroît leur connaissance sur les cycles de la maladie et pourrait favoriser, les progrès des traitements médicamenteux.