A la découverte de l’Internet des Objets

Entretien avec Pascal Ancian, qui dirige le programme dédié à l’Internet des Objets du Groupe Orange.

Que recouvre l’Internet des Objets ?

Par cette expression, on désigne une transformation du métier d’opérateur : avec la téléphonie fixe et mobile on a permis la communication entre les personnes, avec l’internet on a pu mettre en relation les personnes avec les informations, les idées… et maintenant avec l’IoT nous allons connecter les personnes aux objets ou les objets entre eux. Il s’agit des objets du quotidien mais également des machines et applications professionnelles : un bracelet de suivi d’activité physique, un compteur électrique, une balance dans une salle de bain, une voiture, le thermostat d’une maison… Ces masses d’objets dotés de puces électroniques et de connectivité sont désormais en mesure de communiquer des données en temps réel – aussi bien aux applications d’un utilisateur sur son smartphone, par exemple, qu’à d’autres « objets » pour développer de nouveaux usages grâce à cette interactivité avec le monde « physique ».

Comment le Groupe Orange se positionne-t-il sur ce sujet ?

Pascal Ancian, directeur du programme IoT d’Orange
Nous sommes impliqués de longue date dans ce sujet : votre Livebox et votre smartphone, ce sont déjà des objets connectés. Ce qui change, aujourd’hui, c’est le nombre et la diversité des objets que nos technologies nous permettent de connecter.
Pascal Ancian, directeur du programme IoT d’Orange

Pour Orange, c’est plus qu’un axe de diversification : tous nos métiers sont mobilisés pour développer des offres et services dans ce domaine. Nous sommes présents sur l’ensemble de la chaîne de valeur, comme distributeur dans nos boutiques en ligne et nos smart stores, et comme fournisseur de services. Je pense par exemple à Smart Security, notre offre de sécurité de la maison pour le grand public en Espagne et au Luxembourg, ou à Datavenue pour les entreprises. Enfin, nous proposons des solutions de connectivité : plus de 14 millions d’objets à travers le monde communiquent déjà de machine à machine via nos réseaux. Et, pour compléter cette offre, nous avons aussi choisi de déployer un réseau utilisant la technologie LoRa® spécifiquement adaptée aux objets : ouvert en France début 2016, il couvre déjà 4 000 communes et sites industriels et continuera à s’étendre pour les besoins de nos clients entreprises avec un objectif de couverture nationale fin 2017. A l’international, nous proposerons également aux entreprises une couverture LoRa® ciblée dans dans les villes, les ports ou les sites industriels. Nous faisons par ailleurs évoluer nos réseaux 4G vers la technologie LTE-M en Europe, ce qui permettra de connecter les objets avec une couverture étendue et une faible consommation d’énergie.

L’IoT change-t-il la manière dont nous nous adressons à nos clients ?

L’IoT nous oblige à une intimité avec nos clients. Les clients nous demandent à travers les objets connectés de les aider à simplifier leur vie (au domicile, dans la voiture, dans leurs déplacements…), de les rassurer (sécurité, bien-être), de gagner du temps et de l’argent (au niveau de l’individu, pour gérer ses dépenses et son énergie, et au niveau des entreprises dans leurs modes de travail et leurs process). Cette intimité client nécessite une approche verticale. Nous en avons identifié six prioritaires à ce jour : l’individu, la maison, la voiture connectée, les smart territoires, la santé, l’industrie.

Quelles relations le Groupe entretient-il avec les acteurs de l’IoT ?

Orange s’est engagé dans une démarche d’innovation ouverte avec tous les acteurs de l’Internet des Objets afin de construire un écosystème actif et profitable. Cette démarche comprend de nombreuses actions et initiatives ayant pour but d’accélérer la disponibilité des objets connectés. Les fabricants peuvent par exemple tester le comportement de leur objet, mesurer son taux de débit de données et sa consommation énergétique à l’Open IoT Lab. Ils ont également la possibilité d’échanger avec des experts techniques, des designers et des spécialistes du marketing d’Orange. Nous sommes enfin à leurs côtés avec le programme « Live Booster » –  une gamme de modules clés en main intégrant une connectivité mobile – et le LoRa® Explorer Kit, une carte de développement certifiée par Orange qui permet un prototypage facile et rapide des objets et services IoT via la technologie LoRa®.

La création de nouveaux services est-elle également un objectif à part entière pour Orange ?

Nous mettons à disposition des concepteurs et développeurs des outils pour les aider à créer de nouveaux services. Nous leur proposons des kits de connectivité vers nos réseaux (IoT, cellulaire), des interfaces de programmation (API) et des kits de développement logiciel pour gérer leurs données et équipements ainsi que des services complémentaires pour synchroniser, partager et protéger les échanges de données.
Parallèlement, nous nouons des partenariats avec des start-up et des entreprises, dans une logique de co-innovation et de création de nouveaux services. C’est le cas avec Seb autour d’une nouvelle expérience culinaire connectée : Foodle, un assistant culinaire qui suggère des recettes personnalisées en fonction du profil du consommateur (préférences culinaires, ustensiles disponibles, temps de préparation…).

Comment fédérer et faire vivre cet écosystème autour d’Orange ?

Nous organisons notamment des challenges destinés aux start-up, indépendants, intégrateurs et petites entreprises avec des partenaires (Air Liquide, EDF, Groupama, Schneider Electric, Sud-Ouest…). Résolument pratiques et concrets, ils leur proposent un défi précis à relever sur deux jours. Cela nous permet d’identifier de nouveaux cas d’usages de nos services et de promouvoir nos APIs auprès de la communauté. C’est également la raison pour laquelle nous participons à tous les grands événements liés à l’IoT – conférences, salons, festivals – afin de présenter nos solutions.

L’IoT ne pose-t-il pas aussi des questions de sécurité, de confidentialité ?

L’IoT va constituer une source infinie de données sur nos modes de vie et sur les entreprises. La sécurité et la confidentialité sont au cœur des engagements pris envers nos clients. Orange travaille donc activement à développer les meilleures conditions de sécurité des réseaux, des plateformes de services ainsi que des objets pour fournir des services de confiance. Pour jouer un rôle actif dans la structuration de l’IoT, Orange pourra proposer un accompagnement client de bout-en-bout, avec une garantie de confiance : d’une part la sécurité des objets, des connexions et des données, et d’autre part la gestion de la confidentialité des données recueillies.

En quoi l’IoT est-il une révolution ?

L’IoT constitue une nouvelle révolution car cela concerne tous les marchés, le grand public mais aussi l’entreprise, tous les pays et enfin les différents métiers de la chaîne de valeur. Ce n’est clairement que le début de l’histoire : de 750 millions d’objets connectés dans le monde fin 2016, nous allons passer à plus de 21 milliards en 2020. Les estimations varient, mais toutes pointent vers une explosion de ces services, notamment parce que la taille et les coûts des capteurs sont fortement réduits et que l’autonomie des objets augmente. Les usages actuels vont s’enrichir en même temps que de nouveaux services vont apparaître dans une foule de domaines : la santé, les transports, la sécurité, l’agriculture, la logistique… Chez Orange, nous sommes en outre convaincus que ces technologies pourront contribuer à la résolution des grands enjeux planétaires (développement durable) ou sociologiques (smart cities) au bénéfice de nos clients. En nous permettant gérer de façon plus intelligente et responsable les consommations d’énergie, les ressources naturelles ou bien encore l’accès aux services essentiels, l’IoT représente un accélérateur de progrès. À nous de faire en sorte que ces solutions bénéficient le plus rapidement possible au plus grand nombre. L’Internet des Objets se construit aussi avec l’humain comme point de départ et d’arrivée de nos actions.