La RSE, au cœur de la stratégie d’entreprise

A l’heure où le développement durable et l’économie responsable s’imposent aussi bien d’un point de vue éthique que réglementaire, quelle place accorder à la RSE dans l’entreprise? Réponses avec Brigitte Dumont, directrice de la Responsabilité sociale d'entreprise Groupe d’Orange et Viviane de Beaufort, Professeure à l’ESSEC, fondatrice des Women - EXEC Programmes.

La responsabilité sociale d’entreprise (RSE) est-elle une notion récente ? Quels en sont les principaux enjeux ?

Viviane de Beaufort : La remise en question du profit comme unique objet social de l’entreprise a émergé bien avant la création de la notion de RSE. Il y a d’abord eu une prise de conscience avec la préoccupation par l’entreprise de son impact environnemental, social et sociétal. La première réponse fut d’apporter des correctifs pour réduire certains effets négatifs des activités. Aujourd’hui, on va plus loin en attribuant un rôle citoyen à l’entreprise. Pour répondre pleinement à cette ambition, la RSE doit donc être placée au cœur même de la stratégie et intervenir en amont de chaque prise de décision au sein de la gouvernance de l’entreprise.

Brigitte Dumont : La Loi sur les Nouvelles Régulations Économiques dite Loi NRE de 2001 a introduit des obligations aux entreprises cotées comme la communication annuelle des données sur les conséquences environnementales et sociales de leurs activités.
Bien avant cette loi, les grandes entreprises se préoccupaient déjà de leurs impacts ; leurs positions, dans les pays où elles exercent, parce que leur position leur confère une responsabilité. Par ailleurs, certains sujets sociaux qui relevaient souvent auparavant de la compétence des États ne peuvent plus, pour raisons budgétaires, être pris en charge par les gouvernements.

Cette responsabilité est-elle évidente pour toutes les entreprises ?

B.D. : Elle doit l’être ! Sans prise en compte d’un certain nombre d’enjeux environnementaux, sociaux et sociétaux, l’entreprise verra ses résultats chuter à terme car ses performances ne seront plus durables. Un autre élément plaide en faveur de la prise en compte nécessaire de la RSE en entreprise : la gestion des risques, donc de l’image et de la réputation, est aujourd’hui primordiale.

La société civile, les clients attendent des marques qu’elles s’engagent et promeuvent des valeurs humaines ou de protection de l’environnement.
Brigitte Dumont, directrice de la Responsabilité sociale d'entreprise Groupe d’Orange

V.dB. : On observe également un renversement de perspective avec l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs, notamment dans le monde des start-up. Certains d’entre eux créent des entreprises qui portent une vision politique dont le but est de « sauver le monde » grâce à un service ou une innovation technologique. Pour ces jeunes entrepreneurs, qui font ou espèrent réaliser des profits, la RSE fait partie intégrante de l’ADN de leur projet.

Quelle place la démarche RSE occupe-t-elle au sein des organisations ?

B.D. : Sa place est de plus en plus affirmée. Selon les organisations et selon les enjeux, la RSE de l’entreprise est rattachée à différentes directions : direction de la Stratégie, direction financière, direction RH ou même directement à la présidence. Chez Orange, la RSE est rattachée à Christine Albanel, membre du Comité exécutif qui a sous sa responsabilité les directions de la RSE, de la Fondation Orange et de la diversité.

V.dB. : Cette structuration n’est pas neutre : rattacher la RSE à un membre du Comex envoie un signal fort. C’est extrêmement révélateur de la place accordée à la RSE et de la façon dont elle peut se diffuser dans l’ensemble de la politique de l’entreprise. De la même manière, lorsque les managers sont rémunérés en fonction d’objectifs liés à la mixité, à la prise en compte du handicap ou de la RSE, l’entreprise envoie aussi un message fort.

Comment est-elle formalisée et pilotée chez Orange ?

B.D. : Le programme stratégique du Groupe, Essentiels2020, montre clairement la place centrale de la RSE : « Orange entreprise digitale, efficace et responsable ». C’est très engageant d’écrire « responsable » puisque cela me permet, en qualité de directrice RSE du Groupe, de questionner l’ensemble des métiers et des activités de toute l’entreprise sur l’application et la conduite de la politique RSE. Pour son déploiement, je m’appuie, outre mes équipes, sur un réseau de correspondants ou de responsables RSE dans les divisions et les pays du Groupe.

V.dB. : Il y a cinq ou six ans, la RSE était une entité à part et l’affaire d’une personne. Désormais, elle se diffuse dans toutes les sphères de l’entreprise. Au sein des écoles et des universités, il est d’ailleurs fondamental d’interpeller et sensibiliser les jeunes étudiants sur les questions de la responsabilité sociale d’entreprise.

Ces managers de demain doivent comprendre que la RSE, ce n’est pas un métier particulier, mais qu’elle doit inspirer tous les choix qu’ils devront faire.
Viviane de Beaufort, Professeure à l’ESSEC, fondatrice des Women - EXEC Programmes

En France, a été promulguée en mars 2017 la Loi sur le devoir de vigilance pour les grandes entreprises. Quelles en sont les implications ? Existe-t-il le même genre de réglementation dans d’autres pays dans le monde ?

V.dB. : Cette loi prévoit des sanctions financières contre les entreprises qui ne mettent pas en place de plan de vigilance. Ce plan doit prévenir les risques sociaux, environnementaux et de gouvernance liés à leurs opérations mais également aux activités de leurs filiales, sous-traitants et fournisseurs. Les exigences augmentent donc par rapport à la réglementation précédente. Par ailleurs, en Europe, la France est identifiée comme pionnière sur toutes ces questions. Concernant l’Union européenne, une directive mise en application en mars 2017 oblige les entreprises cotées à établir un reporting sur leurs impacts environnementaux et sociétaux. Ce n’est ni plus ni moins que la transposition de la loi NRE française de 2001.

B.D. : La démarche de Responsabilité Sociale d’Entreprise d’Orange repose sur un principe d’action : écouter les attentes de toutes parties prenantes et y répondre. Nous sommes respectueux de notre environnement réglementaire et au-delà, nous veillons à ce que nos politiques, nos investissements et notre innovation créent durablement de la valeur pour chacun et pour la société toute entière.