Managers : l’heure est aux soft skills

Hiérarchies bousculées, silos tombés, information décloisonnée… Le numérique impacte en profondeur les entreprises. Et par conséquent le rôle du manager. Comment doit-il s’adapter ? Quelles qualités doit avoir un bon manager… à l’heure digitale ?
Charles-Henri Besseyre des Horts, professeur en management et ressources humaines à HEC, nous livre ses réflexions sur le sujet.

Si l'on compare le rôle d'un manager il y a 15 ans et aujourd'hui…

Charles-Henri Besseyre des Horts : La transformation numérique de l’entreprise a modifié en profondeur le rôle du manager. Il ne donne plus des ordres : il « coache » son équipe, il la guide. Sa mission est aussi de mettre en pratique la coopération, avec ses collaborateurs comme avec ses pairs.

En quoi les outils collaboratifs, comme le réseau social d’entreprise, modifient-t-ils les rapports hiérarchiques ?

C.-H. H. : Les réseaux sociaux d’entreprise sont un outil pour accompagner et faciliter la transformation de l’entreprise et du management. Ils mettent en relation les collaborateurs, créent des communautés par-delà les silos, abattent les frontières hiérarchiques… Dans ce contexte, le manager n’est plus le seul détenteur du savoir, puisque les outils numériques permettent à tout le monde de savoir tout sur tout, tout de suite. Si bien que savoir ne rime plus avec pouvoir ! Toutefois, si les outils numériques ont ainsi aboli une forme de pouvoir, ils en ont instauré une autre. Ceux qui maîtrisent ces outils ont désormais le pouvoir sur ceux qui ne les maîtrisent pas, les geeks sur les non-geeks.

Aujourd’hui, le manager doit bien souvent gérer des équipes mobiles. Comment les outils numériques peuvent-ils l’aider ?

C.-H. H. : Contrairement au mode collaboratif, la mobilité s’est imposée facilement car elle répondait à un besoin des entreprises et des collaborateurs. Et le nomadisme, né avec les ordinateurs et téléphones mobiles, s’est amplifié avec les nouveaux outils numériques. Le manager a donc dû relever un nouveau défi : gérer une équipe mobile et/ou distante. La vraie question s’avère être « comment faire en sorte que des gens qui ne se connaissent pas travaillent ensemble ? ». Une équipe est une communauté d’hommes. Pour la constituer, il faut d’abord créer du lien, ce qui ne peut se faire qu’en partageant des moments. Que ce soit en organisant un séminaire pour rassembler les collaborateurs… ou pourquoi pas en faisant la fête ensemble !

Grâce au management participatif et collectif, « l’entreprise libérée » est-elle en passe de devenir une réalité ?

C.-H. H. : Il faut d’abord souligner que l’entreprise libérée, qui repose sur l’autonomie, la confiance, le respect, n’est pas une notion née avec la transformation numérique : elle est apparue il y a plus de 50 ans ! Aujourd’hui, les nouveaux outils numériques favorisent sa mise en place. Mais ce n’est pas parce qu’un outil existe que la situation va évoluer spontanément ! Au manager d’abandonner sa posture traditionnelle, de susciter l’envie de travailler ensemble, pour que le travail collaboratif s’installe durablement dans l’entreprise.

Quelles sont les 3 qualités essentielles d’un manager dans une entreprise qui mène sa transformation numérique ?

C.-H. H. : Premièrement, l’adaptabilité est essentielle car tout évolue très vite aujourd’hui. L’authenticité est également indispensable pour que le manager gagne la confiance de son équipe. Les actes du manager doivent être en accord avec ses paroles. Enfin, l’humilité est nécessaire, car le manager doit être, aujourd’hui plus que jamais, un « servant leader » c’est-à-dire un dirigeant au service de son équipe. Ce sont ses qualités humaines plus que ses compétences techniques qui apportent au manager sa légitimité. Alors que jamais la technologie n’a été aussi présente dans l’entreprise, le facteur humain est devenu essentiel : l’heure est aux soft skills !