« Sans le numérique, l’idée de démocratie mondiale est inimaginable »

Le numérique transforme profondément nos sociétés : de notre modèle économique à notre manière de vivre et de consommer. C’est en effet un formidable outil pour élargir le nombre de participants à la décision publique, mieux informer les citoyens et coconstruire des politiques publiques. Il a favorisé l’émergence de plateformes qui cherchent à réinventer la vie démocratique pour construire une planète plus équilibrée. 

Le point avec Jacques Attali, président de la Fondation Positive Planet, initiatrice d’une grande consultation citoyenne mondiale : les États Généraux des Générations Futures, Up for the Planet, dont Orange est partenaire.

Quel rôle le numérique peut-il jouer dans le développement d’une démocratie ouverte et participative, et plus globalement, d’une citoyenneté mondiale ?

Jacques Attali : Le numérique joue un rôle crucial car il permet d’informer et de recevoir les avis de millions de personnes à un coût quasiment nul. Les États Généraux des Générations Futures en sont d’ailleurs un parfait exemple car nous consultons un maximum de gens, aux 4 coins du monde, de façon gratuite et volontaire. Le numérique représente donc un instrument indispensable. Sans cet outil, l’idée même de démocratie globale serait inimaginable.

Immédiateté, informations en continu… Le numérique a changé notre rapport au temps. Cette nouvelle temporalité est-elle compatible avec la prise en compte des besoins des générations futures ?

J. A. : Il faut avoir conscience que le numérique peut être nuisible et qu’il présente des inconvénients. En rendant possible le fait de communiquer en permanence, le numérique peut pousser les décideurs politiques à prendre des décisions tous les jours voire toutes les minutes. Car la transparence crée une obligation de réponse immédiate qui se traduit par un changement permanent de points de vue. Or, la dictature de l’instant ne permet pas de mener des actions durables : elle force à satisfaire les besoins immédiats et non à investir pour les générations futures. La démocratie a besoin de temps long. Il est donc impératif d’encadrer le numérique, d’établir des règles et des procédures, pour répondre aux exigences démocratiques.

La tenue d’une consultation telle que les États Généraux des Générations Futures, Up for the Planet, est notamment rendue possible grâce au numérique. Dès lors, quelle place le développement des réseaux et des outils numériques tient-il dans la préservation de l’environnement, l’économie au service des générations futures et l’amélioration des conditions de vie de tous ?

J. A. : Le numérique peut être extrêmement précieux dans chacune de ces thématiques. Et les exemples sont nombreux. Dans le domaine de l’environnement, il crée les conditions favorables à la réduction de la consommation énergétique en remplaçant les transports par des communications digitales.

Il y a dans le numérique un formidable moyen d’économie de matières premières et d’efficacité !
Jacques Attali, président de la Fondation Positive Planet

Dans le domaine de l’éducation, le numérique facilite les investissements en permettant de transmettre les meilleures méthodes d’éducation à travers la planète et à des coûts très réduits.
Il a un grand rôle à jouer, aussi, dans la création d’entreprises. Positive Planet International développe avec Orange, à travers le monde, des programmes de boutiques numériques au sein desquelles nous aidons les personnes les plus vulnérables à utiliser le numérique afin de créer leur entreprise. On s’aperçoit que c’est un outil exceptionnel de lutte contre la pauvreté.

Des initiatives du même type que les États Généraux ont pu voir le jour dans le passé, sans que les recommandations émises par la société civile ne soient nécessairement mises en œuvre. En quoi celle-ci a-t-elle, selon vous, toutes les chances d’aboutir ?

J. A. : Plus il y aura de participants, plus notre impact sera fort auprès des décideurs. Cela dépendra donc du nombre de gens que nous arriverons à mobiliser. Mais la société civile, quand elle parle de façon censée, arrive à faire entendre sa voix. Pour avoir participé au G7, je remarque que les décisions qui y sont prises tiennent de plus en plus compte des générations suivantes et, notamment, des questions environnementales.

États Généraux des Générations Futures : faites-vous entendre des décideurs du G20 sur upfortheplanet.org !

Jusqu’au 28 février, sur le site des États Généraux des Générations Futures, vous pouvez partager vos idées, débattre ou voter pour des propositions visant à améliorer la planète, l’économie et les conditions de vie de tous. De cette grande consultation en ligne, mondiale et ouverte à tous, 20 propositions seront sélectionnées et développées par 3 groupes d’experts avant d’être présentées dans un rapport à l’automne 2018 aux chefs d’État et de gouvernement du G20.

 

Dans un monde qui évolue à plusieurs vitesses, le numérique peut-il être un moyen de réduction des inégalités ?

J. A. : Par définition, une nouvelle technologie profite d’abord aux plus riches. Cependant, on s’aperçoit que le développement du numérique permet à ceux qui n’avaient pas de téléphone fixe par exemple, d’avoir accès à internet aussi vite que les pays développés. Avec le numérique, il y a des sauts vers le futur très positifs. Sans oublier qu’il favorise grandement la mobilité sociale.

Pour autant, le développement des réseaux et des outils numériques est soumis à des impératifs d’efficacité et de rentabilité. Comment concilier cette logique avec la vision d’une économie positive défendue par la Fondation Positive Planet ?

J. A. : C’est tout l’objet de l’inclusion des générations futures dans les critères de décision. Pour la favoriser, toute une série de mécanismes sont en cours de développement comme les « indices de positivité des entreprises » qui mesurent la prise en compte des intérêts des générations futures dans les décisions au sein de l’entreprise. La publication de ces indices dans quelques mois, va, je l’espère, inciter les investisseurs à se tourner en priorité vers les entreprises positives. Elle va aussi pousser les entreprises à devenir davantage positives. On peut même envisager d’aller plus loin en incitant, par exemple, à la modification de la composition des conseils d’administration qui pourraient ouvrir une place à quelqu’un qui parlerait au nom des générations futures.

Comment voyez-vous la citoyenneté mondiale en 2050 ?

J. A. : Je pense que chaque habitant « citoyen » de la planète aura un passeport qui lui donnera ses droits et ses devoirs. Chacun pourra connaître ses droits tels qu’ils sont définis dans la Déclaration universelle des droits de l’homme ou par les conventions de l’Organisation internationale du travail. Un tel passeport pourrait être créé dès maintenant. En 2050, il existera !

Orange s'engage

Chez Orange, nous veillons à favoriser des initiatives pour construire une planète connectée plus efficace, plus responsable, propice au développement socio-économique. Être opérateur de réseaux et créateur d’expériences digitales dans plus de 29 pays et un acteur majeur de la vie sociale, aux côtés de la société civile et des institutions, nous engage. C’est pourquoi nous participons aux États Généraux des Générations Futures dans le cadre d’un partenariat noué en 2017 avec le Positive Economy Forum au Havre. Les propositions faites sur le site du Digital Society Forum ont été reprises sur la plateforme Up for the planet et 3 experts d’Orange feront partie des groupes de travail.