Mixité et égalité entre femmes et hommes dans l’histoire des télécoms

Les femmes jouent un rôle essentiel dans l’histoire des télécoms depuis la naissance de la téléphonie au XIXème siècle. Celles que l’on appelait « les demoiselles du téléphone » ont contribué au développement de l’industrie mais aussi à l’amélioration des conditions de travail des femmes. A la lumière du chemin parcouru depuis plus d’un siècle, Line Pélissier, Directrice des itinéraires professionnels et de la reconnaissance au sein d’Orange, s’exprime sur l’importance de la mixité en entreprise et sur la politique d’égalité professionnelle chez Orange.

Line Pélissier

Le secteur des télécoms occupe une position singulière dans l’histoire du travail des femmes. Peut-on en savoir plus ?

Line Pélissier : « Le travail des femmes augmente le chômage et nuit à la famille ». C’est le titre du 5 novembre 1931 du journal Le Matin ! Cette annonce révèle bien l’état d’esprit d’une époque mais aussi les progrès accomplis que nous ne cessons pas de poursuivre.

Les télécoms, comme dans toute l’industrie à ses débuts, ne réservent pas aux femmes une position privilégiée, ou tout simplement comparable aux hommes. En revanche leur histoire est spécifique car le secteur s’est développé grâce à l’emploi des femmes.

A compter de l’ouverture des premiers centraux téléphoniques au début du XXème siècle, les « demoiselles du téléphone » sont recrutées par dizaines puis par centaines et enfin par milliers, pour répondre à la demande grandissante de ce nouveau moyen de communication.

Central téléphonique parisien fin XIX

Les demoiselles du téléphone : aspect d'un bureau téléphonique parisien, 1908 (Orange / DGCI)

Pourquoi les femmes sont-elles majoritairement recrutées comme téléphonistes en ce début du XXème siècle ?

L.P. : Les femmes sont recrutées en masse parce que les besoins progressent rapidement mais aussi parce que  les compétences requises répondent à des stéréotypes féminins.  Les opératrices prennent les appels et assurent la mise en relation téléphonique en connectant des cordons à différentes prises. Les recrues sont jeunes, discrètes, courtoises et ont une voix agréable. Savoir respecter la confidentialité des appels est un prérequis.

Pendant la Première guerre mondiale, alors que les hommes sont au combat, les centraux font encore davantage appel aux femmes téléphonistes pour assurer les communications devenues vitales.

Que vous inspirent les conditions de travail des demoiselles du téléphone ?

L.P. : Les conditions de travail de l’époque sont difficiles, comme c’est le cas dans beaucoup de métiers au début de l’industrialisation.  Elles portent un casque et un microphone considérablement lourds. Tenue, rendement et courtoisie des réponses sont contrôlées avec rigueur par de sévères surveillantes. Le contrôle s’opère aussi sur la vie privée : les téléphonistes sont célibataires par obligation et doivent demander l’autorisation de se marier à leur ministère !

Enfin n’oublions pas qu’à l’époque, les femmes sont payées 30 à 50% de moins que leurs homologues masculins. Il existe un dispositif légal de salaire féminin qui ne sera aboli qu’en 1946 en France, date à laquelle les femmes obtiennent aussi le droit de vote.

PTT salle du téléphone, opératrices, Gien 1931 (Orange / DGCI)

Quel regard portez-vous sur l’héritage des demoiselles du téléphone ?

Line Pélissier, Directrice des itinéraires professionnels et de la reconnaissance chez Orange
Je suis convaincue que le secteur des télécoms a fortement contribué à l’émancipation des femmes par le travail
Line Pélissier, Directrice des itinéraires professionnels et de la reconnaissance chez Orange

L.P. : Je suis convaincue que le secteur des télécoms a fortement contribué à l’émancipation des femmes par le travail, et les demoiselles du téléphone en ont été le moteur par leur nombre et leur engagement.

Je retiens plusieurs combats qui me paraissent emblématiques : leur participation à des grèves dès le début du XXème siècle, sans oublier le congé de maternité acquis en 1900 alors que la loi ne l’instituera qu’en 1909.

Cet engagement se traduit par leur lutte en faveur de leurs droits dans les années  1920 avec  la parution du Journal des Dames. En 1927 les femmes créent  la Ligue des dames employées. Cette association de femmes au sein de l’administration des PTT porte la revendication d’un « travail égal à salaire égal » et aspire à un concours de commis mixte. Elles mènent seules la première grève en France pendant deux heures le 21 septembre 1925 sur le thème « à travail égal, salaire égal ».

Téléphonistes au central Gutenberg dans les années 1920 (Orange / DGCI)

Téléphonistes au central Gutenberg dans les années 1920 (Orange / DGCI)

Où en est-on aujourd’hui chez Orange, opérateur historique ?

L.P. : Les évolutions technologiques dans le domaine des télécommunications sont extrêmement rapides au cours des dernières décennies. Le télégraphe et la téléphonie des débuts laissent place au déploiement du réseau téléphonique entre les foyers, à la démocratisation d’internet et du mobile et à l’explosion des usages numériques partout dans le monde.

Les mutations technologiques, l’évolution des besoins et des marchés ne cessent de façonner nos métiers et nos façons de travailler. Au fil des années, les « demoiselles du téléphone » des PTT travaillent à la Poste, dans les premières Agences France Télécom, dans les services techniques ou administratifs ou les centres d’appels Orange, au même titre que leurs homologues masculins.

Pour préparer le monde de demain, les métiers chez Orange, tant pour les femmes que pour  les hommes, évoluent vers plus de responsabilité, de valeur ou de complexité.

Quels sont les objectifs de parité chez Orange ?

L.P. : Nous sommes convaincus chez Orange que l’égalité professionnelle est une condition de performance sociale et économique.

Quatre priorités nous guident : l’accès des femmes aux fonctions managériales, la mixité des métiers et notamment des métiers techniques, l’égalité salariale entre hommes et femmes ainsi que l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Alors que le taux de féminisation est de 36% en 2018, notre objectif est d’atteindre 35% de femmes managers en 2020. Nous développons la mixité des métiers en agissant par exemple sur la féminisation de nos recrutements externes car les métiers techniques attirent peu les femmes aujourd’hui. Nous avons mis en place de longue date des budgets de correction des écarts salariaux qui portent leurs fruits. Enfin, nous proposons des solutions de travail en faveur de l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle comme par exemple, le télétravail, notre dispositif de dons de jours de congés ou notre plateforme d’aide à la personne.

Comme vous le voyez, notre politique s’inscrit dans une longue histoire, celle de l’émancipation des femmes à laquelle nous pouvons encore prendre part.

Jeune femme en réunion

 

En partenariat avec des associations, Orange encourage des jeunes filles à embrasser des carrières techniques. Des actions de Shadowing sont organisées avec l’association "Femmes Ingénieurs" pour que des jeunes filles des sections scientifiques découvrent le métier d’ingénieure ou de technicienne en entreprise et s’orientent  vers ces filières.

Afin d’offrir la possibilité aux collégiennes et lycéennes de découvrir le secteur du numérique, en partenariat avec l’association "Elles bougent", Orange propose aux femmes ingénieures intéressées de témoigner lors d’événements dédiés.

Pour favoriser la féminisation des métiers techniques chez Orange, des classes de techniciennes, en partenariat avec l’AFPA, sont proposées pour que de jeunes femmes puissent découvrir le métier de technicien dans des Unités Opérationnelles Orange sur une année en alternance. Les jeunes femmes sous contrat de professionnalisation préparent un diplôme de technicienne d’intervention client/réseau et peuvent se voir proposer un recrutement en CDI à l’issue de leur formation.

Découvrez deux femmes dans l’Histoire

Juliette Dodu

Juliette Dodu,1848-1909, incarne la résistance française contre la Prusse lors de la guerre de 1870. Responsable d’un bureau télégraphique, elle réussit à intercepter les dépêches des occupants et les fait parvenir aux autorités françaises. Elle est la première femme en France à recevoir la médaille militaire et la Légion d'honneur à titre militaire.  

Simone Michel- Lévy,1906-1945, contrôleur-rédacteur au département "Commutation" de la Direction des Recherches et du Contrôle technique des PTT, entre en Résistance en 1940 et participe à un réseau de renseignements et de transmission dans toute la France. Arrêtée et déportée en 1943, elle est condamnée à mort et exécutée moins d’un mois avant la fin de la seconde guerre mondiale. Elle est l’une des très rares femmes compagnon de la Libération.

Simone Michel-Lévy

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