Comment concevoir des sites et applications moins énergivores : un expert répond

Rendre Internet plus éco-responsable, c’est prendre en compte l’impact environnemental des sites et applications mobiles dès leur conception. Expert en numérique responsable chez Greenspector - une entreprise qui aide les organisations à réduire l’impact environnemental de leurs sites et applications -, Laurent Devernay dresse un panorama des bonnes pratiques pour rendre nos sites et applications plus responsables.

 

Photo de Laurent Devernay sur fond gris

Laurent Devernay
Expert en numérique responsable
Greenspector

 

 

 

L’impact environnemental des sites internet et des applications mobiles est loin d’être neutre. Ainsi, la conception et la consultation des sites web représentent l'équivalent de 8 millions de kilos de CO2 pour l’ensemble du web. Cette empreinte environnementale pourrait être fortement réduite par l’instauration de mesures simples. C’est ce que nous explique Laurent Devernay.

 

Comment créer un site qui soit à la fois sobre et beau ?

Laurent Devernay : « L’originalité de notre approche chez Greenspector est de tenir compte à la fois des émissions de gaz à effet de serre, de la consommation d’eau et de l’occupation de surface au sol, pour dépasser l’habituel indicateur ‘équivalent CO2’. Nous observons les parcours utilisateurs sur des terminaux réels et mesurons entre autres le volume de données échangées, le nombre de requêtes envoyées vers les serveurs et l’énergie consommée sur la batterie du smartphone.

Mais il faut garder en tête que mesurer l’impact environnemental d’un site ou d’une application reste un exercice difficile car ce sont des services immatériels. Dans notre domaine, il n’existe pas encore de norme à proprement parler. Mais la question est en pleine ébullition. Le W3C (un organisme de standardisation, ndlr) a un groupe de travail sur le sujet. Plusieurs référentiels professionnels existent et AFNOR a élaboré récemment un guide, auquel Greenspector a contribué. »

 

« L’impact du numérique en chiffres »

Le numérique représente environ 3,8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. À cela s’ajoutent l’épuisement des ressources naturelles (notamment minières, pour la fabrication des appareils), la consommation d’eau et l’occupation de surface au sol. Dans le monde, le nombre d’internautes a plus que doublé depuis 2010, et en 2025, il devrait y avoir 50 milliards d’objets connectés (contre 20 milliards aujourd’hui). Selon Laurent Devernay, « Les appareils représentent la majeure partie des impacts environnementaux du secteur du numérique, notamment à cause de leurs phases de fabrication. Il faut donc les conserver le plus longtemps possible. Mais trop souvent, leur remplacement est causé par des logiciels qui deviennent trop gourmands en ressources matérielles. Il faut donc améliorer la sobriété des logiciels, à travers une démarche d'écoconception. »

 

C'est quoi, un site écoconçu ?

L.D. : « On parle de service numérique écoconçu, plus que de site écoconçu. On part du besoin utilisateur (effectuer une recherche, contacter un conseiller, commander un produit…), puis on cherche à y apporter la réponse la moins impactante possible. On supprime les fonctionnalités inutiles (« je ne garde que le nécessaire ») et on définit un parcours efficient (« j’optimise ce qui reste »). Parfois, cela nous amène à remplacer un site web ou une application mobile par un SMS. Une fois que les fonctionnalités sont fixées, on optimise leur efficience technique, tant côté front-end (interface utilisateur) que côté back-end (les data centers). L’objectif est de favoriser l’accessibilité du service et sa compatibilité avec des terminaux plus anciens et des connexions dégradées. En combinant sobriété fonctionnelle et efficience technique, on évite d’obliger les utilisateurs à renouveler leurs équipements trop souvent. »

 

Comment mesurez-vous l'empreinte carbone d'un site ou d'une application mobile ?

L.D. : « On peut déjà partir du principe de faire le nécessaire pour optimiser l’efficience environnementale du service proposé. Pour cela, les professionnels de la performance web ont déjà largement documenté les bonnes pratiques. Mais en réalité, c’est la question de la sobriété qui est la plus difficile à trancher. Proposer un site en pur HTML avec seulement du texte n’est pas toujours la solution pour rendre service à l’utilisateur... On va alors chercher à produire du contenu simple, de qualité et qui va directement à l’essentiel, en évitant les images purement décoratives, en limitant les vidéos, etc.

Dans l'ordre, on va éliminer les fonctionnalités superflues (en se recentrant sur le besoin utilisateur), limiter les éléments affichés (pas besoin d'avoir un fil d'actualités contenant des dizaines d'éléments). Ensuite, on pourra s'interroger sur l'efficience de ce qui reste (un carrousel, par exemple, est rarement la meilleure façon de présenter du contenu, pour l'accessibilité comme pour la sobriété). Lorsqu’un site se concentre sur ce vers quoi il veut guider l’internaute, il peut être à la fois sobre et attractif. »

Réduire l’impact des sites du groupe Orange

Pour limiter les émissions de nos sites internes (intranets) et externes (comme orange.com), les efforts menés en collaboration avec Greenspector portent notamment sur l’optimisation du lecteur vidéo, l’affichage des images et sur l’audit des parcours utilisateurs. Couplé à d’autres actions de sobriété - dont la rationalisation de nos sites et de leurs contenus -, ils ont permis de réduire de moitié le volume de données transférées.

Une démarche d’éco-conception a également été suivie lors de la publication du dernier Rapport Annuel Intégré d'Orange, avec une réduction de 55 % de son impact carbone par rapport à l’édition précédente.

Enfin, grâce à de nombreuses initiatives au sein du Groupe, via des événements dédiés ou sur notre réseau social interne, nos salariés peuvent échanger régulièrement sur les bonnes pratiques en matière de sobriété numérique.