02 octobre 2018

« La transformation numérique des entreprises ? Un impact social avant tout. »

Luc Bretones, Directeur du Technocentre et d’Orange Fab, décrypte l’impact de la transformation numérique des entreprises sur l’organisation du travail. Une transformation qui va de l’essor des projets collaboratifs au développement des locaux de demain. Rencontre.

 

La transformation numérique est-elle devenue un passage obligé pour les entreprises ?

Luc Bretones : Absolument. Le numérique abolit le temps, offre une ubiquité inédite et démultiplie l’audience. Parallèlement, l'accès généralisé à l’information s'accompagne de nouveaux comportements des consommateurs, plus exigeants, plus informés, plus impatients. Pour mieux répondre à ces nouvelles attentes, les entreprises doivent aujourd'hui plus qu'hier intégrer ce phénomène de digitalisation qui s'accélère chaque jour et devient indispensable à leur compétitivité.

 

Quelles en sont les conséquences concrètes ?

L. B. : La transformation numérique ne se résume pas à l’introduction de technologies ou de business models : elle marque l'arrivée de nouvelles manières de créer, de produire et de collaborer. Cette dimension culturelle indéniable de la transition digitale suppose des modes d'organisation et de relation différents entre les employés. Elle coïncide d’ailleurs avec les nouvelles aspirations de ceux-ci, fondées sur le bien-être et l’engagement.

Le futur siège d’Orange, construit en bordure de Seine à Issy-Les-Moulineaux, s’inscrit dans cette vision. Les 56 000 m² du projet Bridge ont été conçus à la fois comme un espace de vie et de ressources professionnelles pour les collaborateurs. Orange est convaincu que l’environnement de travail est un élément central de la qualité de vie au travail et a pour ambition d’offrir la meilleure expérience salarié possible.

 

« Collaboratif » semble être le nouveau mot magique…

L. B. : Quel que soit l’endroit où je travaille, l’information et la connaissance sont mises en commun pour capter en amont les tendances avant qu’elles ne soient formulées. Or, alors qu’innover devient une obligation, il est nécessaire de devenir plus agile, plus flexible et plus collaboratif. Créer du contenu de manière collaborative, créer du lien social, partager de l'information ou coordonner des efforts sont autant de manières d'utiliser les technologies pour innover et produire. Avec le projet Bridge, Orange cherche à favoriser cette innovation et cette coopération via un bâtiment configurable selon les équipes et les missions. Et cette collaboration créative ne se limite pas aux ressources internes : elle dépasse le périmètre de l'entreprise avec des projets ponctuels menés avec des prestataires de service ou des start-up.

 

Comment faire pour favoriser la collaboration dans une organisation ?

L. B. : Le digital a provoqué une rupture en redistribuant la puissance de l'organisation vers les individus. Les structures hiérarchiques sont bousculées par un réseau d'équipes projet qui gagnent en autonomie. Quelle que soit la méthode de travail retenue (Agile Scrum, Design thinking, Lean...), elle implique un profond changement de culture d'entreprise. Certaines méthodes sont transdisciplinaires, fondées sur l’action concrète, le temps court et l’expérimentation. Le manager devra accepter que les salariés prennent plus de risques au quotidien, et donc reconnaître leur droit à l'erreur. On parlera plus d'accompagnement que de contrôle, de coaching plutôt que de sanction, de leadership plus que de management.

 

Se dirige-t-on vers un rééchelonnement des compétences ?

L. B. : C’est la culture de l’apprentissage permanent ! Compte-tenu du rythme soutenu de l'innovation, les emplois sont difficilement prédictibles, ce qui nécessite de développer de nouvelles compétences ainsi qu'un très haut degré d’adaptation et de polyvalence. L'entreprise devient une « bourse de compétences », la formation étant le principal levier à sa disposition. Elle doit préparer dès maintenant les talents du digital en mettant en place des équipes apprenantes et agiles.

Si la hiérarchie est de plus en plus effacée et le management plus horizontal, les employés obéiront davantage aux autorités de compétence plutôt qu'aux autorités institutionnelles. La dévaluation des titres et des diplômes est d'autant plus vraie lorsque les performances peuvent être observées en temps réel et les qualifications évaluées en continu. Au nombre des innovations de Bridge figure d’ailleurs le processus décisionnel : les collaborateurs peuvent participer à des ateliers de co-création pour imaginer les futurs espaces en fonction de leur expérience professionnelle.

 

Le lieu de travail peut-il être un accélérateur de changement ?

L. B. : Je le crois. Ces mutations du travail conduisent à une réflexion sur son organisation géographique. Les entreprises reconfigurent leurs bureaux traditionnels en espaces plus ouverts et plus conviviaux, de manière à favoriser la collaboration et l'innovation, décloisonner les services, partager l'information, améliorer le bien-être et attirer les talents. Espaces de silence, espaces déjeuner type loft, espaces détente, espaces de réunion… tout est fait pour augmenter la qualité de vie au travail et la co-création. Grâce à ces nouveaux espaces, les collaborateurs sont de plus en plus autonomes, responsables et impliqués. Pour le projet Bridge, Orange cherche à déterminer ce qui est pertinent et viable pour un groupe de notre envergure en partant des besoins des collaborateurs. Plus qu’un programme immobilier, c’est un projet d’entreprise qui permet de mener une réflexion profonde sur la manière dont nous devons imaginer et créer nos lieux de travail dans le futur.