Vous avez en poche un bac économie. Un parcours atypique pour la cybersécurité ?
Sylvie Dubuc : Après mon bac « éco », j’ai intégré un IUT d’informatique dans ma ville, au Havre. Même si je ne connaissais pas du tout ce domaine. Dans ma promo, nous étions 112, dont 20 étudiantes. Mais cet univers est rapidement devenu pour moi une évidence : j’aimais résoudre des problèmes, définir des algorithmes… J’ai fini par soutenir un doctorat spécialité informatique en 2001.
Ensuite, ce fut le virage de la vie professionnelle. L’enseignement me tentait, la recherche aussi, et… L’opérationnel également. J’ai choisi la Recherche & Développement d’Orange, pour sa politique de recherche appliquée. Et depuis 2011, je suis manager chez Orange France, dans le domaine passionnant de la cybersécurité.
En quoi consistent vos missions au sein d’un SOC chez Orange ?
S.D. : Un SOC est là pour traquer les menaces cyber qui peuvent se produire, et les contenir si les menaces sont avérées. Un peu comme une société qui surveille une maison. Concrètement, je dirige les équipes du SOC d’Orange France à Lyon.
Orange France subit des menaces de plusieurs types, notamment des personnes qui volent des données personnelles de nos clients à des fins malveillantes. Au sein du SOC, grâce au monitoring de nos infrastructures, de nos réseaux, des données, nous les anticipons et les identifions… En cas de crise, nous éteignons l’incendie. Puis nous réfléchissons à la mise en place de processus adaptés.
Lorsqu’un incident de sécurité survient, je dois en comprendre sa gravité, en m’appuyant sur les investigations d’experts cyber de mon équipe. S’il s’agit d’un incident très critique, j’endosse le rôle de directrice de « crise cyber ». Au final, il me revient de trancher. Pour me préparer à ce leadership, je suis régulièrement des formations, en particulier pour la gestion du stress.
Quels obstacles avez-vous dû surmonter pour réussir dans ce domaine où les femmes sont encore peu nombreuses ?
S.D. : La cybersécurité reste aujourd’hui un milieu largement masculin, même si la présence féminine progresse dans la tech.
Je n’ai pas eu l’impression d’avoir eu des obstacles dans mon parcours. Orange est une entreprise très vigilante sur l’intégration des femmes. Cette approche se ressent dans le comportement des uns et des autres.
Concrètement, comment Orange vous a-t-il accompagnée ?
S.D. : J’ai participé au programme Women Up in Tech, de novembre 2023 à octobre 2024. L’occasion d’échanger avec d’autres femmes dans la tech.
Je constate que la place croissante des femmes dans la tech et la cyber vient surtout par un effet d’entraînement. Je suis manager de six équipes et il y a des femmes dans chacune d’entre elles. Le fait d’avoir des femmes peut faire changer les mentalités.
Pourquoi, selon vous, y a-t-il si peu de femmes dans ces filières d’avenir ? Quels conseils donneriez-vous ?
S.D. : C’est le reflet d’une culture globale dans la société. Des femmes de sciences « rôle modèles » devraient venir très régulièrement sensibiliser les élèves en primaire, au collège en 6ème ou en 5ème. Je suis aussi pour redorer le blason des mathématiques à l’école !
Au-delà, le plus grand frein que puisse rencontrer une jeune femme pour s’orienter vers la tech est… elle-même. Elle pense, bien à tort, que « ce n’est pas pour elle ». Il faut donner du sens aux choses, expliquer ce que ces métiers apportent pour convaincre. Garder une ouverture d’esprit pour accueillir l’innovation qui déferle dans nos existences et dans les entreprises.
Avec le soutien du programme Hello Women d'Orange pour plus de mixité dans la tech, Sylvie Dubuc a participé à Femmes de science, une série documentaire disponible en streaming sur TV5MONDE+, produite et réalisée par Cortex Média, en partenariat avec Femmes@Numérique et l'Académie des sciences.
La cybersécurité a besoin de talents, de regards différents et de nouvelles perspectives. La tech et les sciences, aussi. A découvrir plus en détail dans cet épisode :
La cybersécurité chez Orange
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