Comment votre regard de réalisateur façonne-t-il l’identité d’Y’Africa ?

« Je viens de la publicité. J’y ai travaillé plus de quinze ans, d’abord comme concepteur, puis comme réalisateur de pubs et de clips. Il y a quatorze ans, j’ai quitté les agences pour écrire et réaliser. C’est un premier documentaire sur le musicien ivoirien Serge Beynaud, qui m’a conduit en Afrique puis amené à suivre la tournée africaine de Stromae en 2015. Et une chose en entraînant une autre, lorsque Orange et Vrej Minassian ont mis en place le projet Y' Africa, ils m’ont contacté pour rejoindre cette aventure avec mon regard. »

« Ce qui est intéressant avec Orange, c’est qu’on travaille en circuit court. On m’a choisi pour apporter ma façon de faire. Je suis donc très libre. Pour innover de saison en saison, je me fixe des contraintes. Dans la saison 1, par exemple, le spectateur était comme un passager et observait les villes par de longs travellings, dans la saison 2, ils ont disparu pour laisser place à des séquences beaucoup plus immergées. Dans la saison 4, l'environnement des villes dans lesquelles nous sommes est très peu présent, j’ai préféré centrer mon travail sur les artistes. Et lorsqu’un lieu a un sens particulier, comme c’est le cas du fleuve Sénégal pour le guitariste Tidiane Thiam, je le filme comme un personnage. »

Dan Assayag, Tidiane Thiam, Sénégal

Dans mon métier, on n'a jamais envie de faire deux fois la même chose.

Photo Dan Assayag
Dan Assayag

Comment se construit un portrait Y’Africa, de la première idée au tournage ?

« Le choix des artistes repose d’abord sur une intuition : j’ai besoin d’aimer leur musique ou de sentir qu’ils ont une histoire à raconter, que leur univers, leur personnalité, leur contexte m’offrent une matière narrative et visuelle. À cela s’ajoutent les critères fixés par Orange pour ce programme : des artistes ancrés dans leur pays et des talents émergents à qui l’on peut donner un véritable coup de projecteur. Voilà ce qui guide notre sélection. »

« Nous tournons trois jours, souvent autour d’une interview centrale, de sessions en studio et de moments plus libres.

Je leur dis toujours que j’aimerais que le film leur ressemble autant que leur musique. Car filmer un artiste c’est entrer dans son monde. »

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Une fois les artistes choisis et d’accord pour participer, je prends le temps d’échanger avec eux pour poser les bases du portrait. Je propose une direction, mais je laisse aussi de la place à leurs idées : c’est un travail réellement collaboratif.

 

« Nous arrivons sans avoir fait de repérage terrain préalable, donc il me faut m’adapter aux situations et aux personnes. Pour le duo ivoirien Toto le Banzou et Arii, par exemple, je sentais qu’une longue interview ne serait pas intéressante. Je leur ai proposé une sorte de docu-fiction où ils rejouent la façon dont ils ont construit un morceau. C’est typiquement ce travail d’écriture en amont qui évolue sur le terrain. »

Dan Assayag, Dope Saint Jude, Afrique du Sud

Je pars avec une histoire en tête, mais sur place, tout peut changer.

Photo Dan Assayag
Dan Assayag

Quels défis techniques et humains marquent vos tournages à travers le continent ?

« Le plus gros défi, qu’on ne voit pas du tout à l’écran, c’est le son. En documentaire, si le son n’est pas bon, ça ne marche pas. On peut toujours se débrouiller avec l’image, avec la lumière, pas avec le son. On a voulu tourner une interview de nuit, au sud du Maroc, au pied d’un arbre, dans un silence total. On s’est rendu compte qu’une route était à une centaine de mètres : on entendait pendant deux minutes chaque voiture qui passait. Nous avons donc dû renoncer et trouver une autre solution. »

« Chaque saison a ses spécificités. La saison 3 était consacrée aux athlètes, la saison 4 aux musiciens. Or filmer des musiciens ou des athlètes, ce n’est pas du tout la même chose. Même les mots “performance”, “rêve”, “répétition” n’ont pas du tout la même signification pour un athlète ou un artiste. »

Dan Assayag, Azu, Tunisie

 

La saison 3 était consacrée aux athlètes. Quand son entraîneur lui dit stop, l’entraînement est fini et il ne va pas courir pour les beaux yeux de la caméra.

Dan Assayag


Dixit

Dan Assayag

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Quels artistes ou moments de cette saison 4 vous ont particulièrement marqué ?

« Sur cette saison, j’ai été très surpris par le niveau de la musique urbaine en Égypte. En Côte d’Ivoire et au Cameroun, les rappeuses que nous avons suivies m’ont marqué par leur discours : elles refusent de genrer le rap et savent qu’elles doivent travailler plus que les hommes pour y arriver. Au Maroc, j’ai été séduit par l'ancrage local d’un groupe comme Meteor Airlines, qui a à cœur de faire perdurer sa langue de l’Atlas : l'amazigh (berbère). Mais, globalement, les musiciens que nous avons rencontrés démontrent que la musique est universelle. Le rappeur ghanéen Xlimkid travaille ainsi avec des beatmarkers russe, le senegalais Tidiane Thiam est produit par des américains…»

« Il y a aussi des moments suspendus. À Podor, au bord du fleuve Sénégal, j’ai proposé au guitariste Tidiane Thiam de monter sur une barque et de jouer au lever du jour. Un concert privé à six heures du matin ! Avec Mohamed Abozekry, un virtuose du oud en Égypte, c’était la même sensation : il oublie la caméra, il est seul avec son instrument. On a alors conscience d’avoir une chance folle d’être là.»

Découvrir la saison 4 d’Y’Africa

Pour Vrej Minassian, directeur « Musique et Expérience » d’Orange, le programme Y’Africa permet bien plus qu’un ancrage fort du Groupe sur le continent africain.

 

  • Donner une exposition à des artistes prometteurs : « ce qu'on apporte, c'est de l'exposition. Car il n'y a pas de programme de cette qualité dans les productions télévisées africaines. On a essayé de faire un programme panafricain qui laisse la place aux talents africains qui sont si divers et nombreux. »
  • Zoomer sur des talents engagés : « Beaucoup portent des combats. La cause des femmes, la liberté d’expression, les identités LGBT, la reconnaissance de leur métier… En Afrique, l’art n’est pas seulement du divertissement. C’est souvent une forme d’activisme. C’est ce qui rend leurs parcours si forts et si inspirants. »
  • Parler avec justesse du continent africain : « La force de Dan Assayag, ce n’est pas uniquement de faire des belles images, c'est de respecter l'Afrique. Et c'est en ça que pour nous, c'est un vrai succès. »