Sous les océans, l’infrastructure stratégique des communications internationales
Le cloud et le satellite nous donneraient presque l’impression que nos données voyagent quelque part dans les airs. La réalité est nettement plus… sous-marine. 99 % des communications téléphoniques et des transferts de données intercontinentaux passent par des câbles posés au fond des mers et des océans. Une infrastructure physique aussi discrète qu’essentielle à notre quotidien numérique.
Chez Orange, nous connaissons bien cet univers : Notre histoire dans les câbles sous-marins remonte au XIXème siècle avec le lancement du premier navire câblier français, l’Ampère, en 1864. Aujourd’hui, avec Orange Marine et sa société sœur italienne Elettra Tlc, nous intervenons sur toute la chaîne : conception des projets, reconnaissance des fonds, pose, atterrissement, maintenance… Par ailleurs, nous exploitons un réseau de 450 000 km de fibre sous-marine. De quoi faire plusieurs fois le tour de la Terre.
300 300 km de câbles sous-marins à fibres optiques
déjà posés par Orange Marine et Elettra Tlc à travers le monde.
Et ce réseau doit continuer à s’adapter. Il faut absorber la croissance des usages numériques et créer de nouvelles routes entre les continents. Il faut aussi renforcer la sécurité et la résilience du réseau pour permettre la continuité de services en cas d’incident, tout en réduisant l’empreinte des opérations.
Pour y répondre, nous développons de nouvelles routes et modernisons notre flotte.
Mais concrètement, comment installe-t-on une infrastructure de plusieurs milliers de kilomètres au fond de l’océan ? Tout commence par le choix de la bonne route.
Comment Orange choisit les routes et pose les câbles sous-marins
Avant même de prendre la mer, il faut trouver le bon itinéraire. Relief et nature des fonds, activité sismique, zones naturelles sensibles, autres câbles déjà présents… tout est étudié pour déterminer le tracé le plus sûr et limiter son impact sur l’environnement.
Place ensuite au survey, autrement dit la reconnaissance des fonds marins. À bord d’un navire spécialisé comme l’Urbano Monti d’Elettra, nous cartographions précisément le parcours et affinons le tracé. Une fois le câble fabriqué, il est chargé sur un navire câblier et la pose peut commencer. Selon les zones et les risques, il est déposé sur le fond ou « ensouillé », c’est-à-dire enfoui pour mieux le protéger.
Reste encore à lui faire retrouver la terre ferme. C’est ce qu’on appelle l’atterrissement : le câble arrive sur la côte pour rejoindre les réseaux terrestres. Un voyage que vient par exemple d’effectuer ViaTunisia, le segment du câble Medusa qui relie Marseille à Bizerte, en Tunisie. Études maritimes, essais, chargement, pose, atterrissements, raccordements… avant sa mise en service en 2026, les équipes d’Orange et d’Orange Marine ont accompagné toutes les étapes du projet.
Et même à quelques mètres de la plage, le tracé se joue au millimètre. À Marseille, le câble ViaTunisia passe ainsi sous le littoral grâce à un forage dirigé afin de préserver notamment les herbiers de posidonie et le parc national des Calanques. Il rejoint ensuite l’infrastructure d’Orange à Marseille. Sous la mer aussi, le meilleur chemin n’est donc pas forcément le plus court.
Navires câbliers et engins sous-marins : entretenir les réseaux jusqu’à 3 000 mètres de profondeur
Une fois posé, un câble n’est pas abandonné à son sort. Il faut pouvoir l’entretenir et, en cas de dommage, intervenir. Orange Marine et Elettra Tlc. réalisent ainsi une cinquantaine d’opérations de réparation par an. Au total, nos navires en ont déjà effectué plus de 1 200, dont certaines à plus de 6 000 mètres de profondeur.
Pour aller travailler là où l’humain ne le peut pas, place aux ROV, pour Remotely Operated Vehicle : des engins sous-marins pilotés depuis le navire. Et chez Orange Marine, on ne se contente pas de les utiliser : nous les concevons et les fabriquons nous-mêmes en France.
Dernière évolution de cette expertise, Alpha peut opérer jusqu’à 3 000 mètres de profondeur. Cet engin chenillé peut détecter et inspecter un câble, le saisir, le couper, mais aussi l’enfouir ou le réenfouir jusqu’à 3 mètres sous le fond marin.
Cette expertise technologique est également reconnue au-delà de la flotte Orange : en septembre 2026, l’armateur britannique de navires câbliers Global Marine a choisi un ROV de la gamme Alpha conçu et fabriqué par nos équipes en Provence pour équiper son futur navire de maintenance. C’est le troisième armateur étranger qui choisit de se doter d’un ROV Alpha, ce qui consacre le savoir-faire Orange Marine, désormais largement reconnu à l’international.
Pour renforcer les capacités d’intervention, nous modernisons notre flotte. Après le Sophie Germain, mis en service en 2023, deux nouveaux navires jumeaux rejoindront la flotte en 2028 et 2029. Plus performants et moins émetteurs, ils renforceront nos capacités de maintenance et de sécurisation des infrastructures numériques en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
Les futurs navires porteront le nom de scientifiques au parcours remarquable. Le prochain sera choisi avec la participation des collaborateurs d’Orange. Dans le même esprit, Elettra Tlc a consulté ses propres équipes pour baptiser son futur navire, avec l’objectif de refléter l’identité italienne de sa flotte. Les noms devraient être dévoilés simultanément.
De nouvelles routes pour un Internet plus résilient
Pourquoi poser encore de nouveaux câbles alors que des centaines de milliers de kilomètres sillonnent déjà les océans ? D’abord pour accompagner la croissance continue des usages numériques. Mais aussi pour multiplier les chemins possibles : plus un réseau dispose de routes alternatives, mieux il peut continuer à fonctionner en cas de panne ou d’incident sur l’une d’elles. C’est tout l’enjeu de sa résilience.
Chez Orange, cette stratégie se traduit aujourd’hui par plusieurs grands projets. Avec Equitix et MDM, nous créons une coentreprise pour développer PISCES, un nouveau câble sous-marin d’environ 3 125 km qui reliera directement l’Irlande, la France, l’Espagne et le Portugal. Objectif : renforcer la résilience et la souveraineté numériques de l’Europe, tout en répondant aux besoins croissants de connectivité, notamment liés au développement de l’IA. Ce câble sera posé par Orange Marine en 2028.
D’autres projets répondent à cette même logique dans différentes régions du monde. ViaAfrica doit créer une nouvelle route entre l’Europe et l’Afrique le long de la façade atlantique. Et dans l’océan Indien, ReuNION reliera La Réunion à l’Afrique du Sud par une route plus directe.
Des projets et des géographies différentes, mais une même logique : augmenter les capacités, diversifier les routes et renforcer la sécurité et la résilience des réseaux pour mieux connecter les territoires.
Réduire l’empreinte environnementale des opérations sous-marines
Développer les réseaux sous-marins implique aussi d’en limiter l’impact. Cela commence, on l’a vu, dès le choix des tracés. Mais l’enjeu se joue aussi en mer : les nouveaux navires d’Orange Marine sont conçus pour réduire jusqu’à 20 % leurs émissions de CO2 par rapport aux navires actuels. Propulsion hybride, branchement électrique à quai, vitesse de transit réduite… plusieurs leviers permettent de limiter leur empreinte.
3 000 km de câbles récupérés et recyclés
Une fois démantelés, leurs matériaux (cuivre, métaux, polyéthylène) sont recyclés.
Avec une subtilité : retirer un ancien câble n’est pas toujours la solution la plus respectueuse de l’environnement. Lorsqu’il a été colonisé par des coraux ou intégré à un herbier marin, le relever risquerait de perturber l’écosystème qui s’y est installé. Dans ce cas, mieux vaut le laisser en place.
Des nouvelles routes aux navires moins émetteurs, des robots des profondeurs au recyclage des anciens câbles, derrière nos usages numériques se déploie toute une infrastructure que l’on ne voit jamais. La prochaine fois qu’un message, une vidéo ou une visioconférence traversera la planète en quelques instants, pensez-y : sous la surface, tout un réseau bien réel est à l’œuvre.
L’essentiel à retenir
- Les câbles sous-marins sont la colonne vertébrale invisible d’Internet : ils acheminent 99 % des communications téléphoniques et des transferts de données intercontinentaux.
- Orange intervient sur toute leur chaîne de vie, de la conception des projets à la pose et à la maintenance, et exploite un réseau de 450 000 km de fibre sous-marine dans le monde.
- Nouvelles routes, navires nouvelle génération et robots sous-marins permettent d’augmenter les capacités des réseaux, de renforcer leur résilience et de sécuriser les communications.
- Réduire l’empreinte de ces infrastructures est aussi un enjeu clé, du choix des tracés à la conception des navires, jusqu’au recyclage des anciens câbles.