L’appel à projets ImagineMakers, une initiative avec la Fondation Orange
Tout a commencé en octobre 2025, lorsque la Fondation Orange a ouvert l’appel à projets ImagineMakers. Une mission proposée aux FabLabs, associations et jeunes en insertion pour imaginer des solutions ouvertes, reproductibles et renforcer la résilience de communautés locales partout dans le monde. Dans les FabLabs, les idées n’ont pas tardé à affluer : protéger une maison d’une crue, filtrer de l’eau sans électricité, communiquer sans réseau... Et les équipes projet ont affiné leurs propositions avant de les soumettre au jury du challenge fin décembre.
Ce rendez-vous n’est pas nouveau : depuis plus de 10 ans, le challenge de la Fondation Orange accompagne des jeunes en insertion à travers des méthodes d’apprentissage par le faire ensemble. D’abord consacré aux Objectifs de développement durable, il a évolué cette année pour devenir ImagineMakers, et s’inscrire dans le projet « Communs d’Urgence » porté par le RFFLabs, le réseau français des Fablabs, et des partenaires comme La Croix-Rouge française et Médecins sans frontières.
Innover sous contrainte : les défis du challenge
« La crise du Covid a montré la force de la mobilisation citoyenne. Donc s’est posée la question de savoir, comment, dans d’autres types de crises, avec des interventions d’Etat similaires, les espaces du faire et les fablabs pourraient jouer un rôle structurant et de mobilisation », explique Jeanne Piacentino, chef de projet Communs d’urgence chez RFFLabs. ImagineMakers a donc l’ambition de prolonger cet élan en nourrissant la future boîte à outils des makers, destinée à être partagée largement.
Pour concourir, plusieurs principes étaient de mise : la reproductibilité, la résilience, l’inclusion ou encore la frugalité. « Car en situation de crise, le temps de réponse est limité, les ressources
sont limitées, il faut donc pouvoir s’adapter », précise Jeanne Piacentino. Les équipes en course pour le challenge se sont ainsi mises au travail pour élaborer des solutions répondant aux besoins en termes d’autonomie énergétique, d’accès à l’eau et à l’alimentation, de communication de crise et l’entraide, ou de premiers secours citoyens.
Prototyper, tester, ajuster : la force de l’expérimentation collective
Dans des ateliers de France métropolitaine, de Guadeloupe, de Côte d’Ivoire, de Madagascar et de République Démocratique du Congo, toutes les équipes engagées ont découpé, testé, recommencé, assemblé. Avec le prototypage, les jeunes apprennent à analyser des besoins, à itérer et à documenter leurs avancées.
« On a étudié les formes des batardeaux existants et on en a déduit quatre caractéristiques : l’étanchéité, la structure, l’assemblage, la résistance, expliquent Alexane, Wolfram, Annaëlle, Hicham et Leïla, les jeunes porteurs du projet I(NON)dation au sein du FabLab Cap Science. On s’est appuyé sur une armature déjà existante : les barrières Vauban. La barrière sert de structure. La bâche et le scotch forment l’étanchéité. Les serflex et les encoches déjà présentes font l’assemblage. Et des planches ainsi que des poids sont utilisés pour la résistance. »
En Côte d’Ivoire, « au-delà du codage, de l'administration système et de la fabrication numérique, les jeunes makers ont appris la conception centrée sur l'utilisateur. Ils ont dû simplifier des interfaces complexes pour les rendre utilisables par des personnes en état de stress ou ayant peu d'expérience numérique », souligne le FabLab à l’origine du projet OnHoff.
Les projets salués : concrets, reproductibles et frugaux
Après avoir été analysés par la Fondation Orange, le RFFLabs et d’autres acteurs de l’urgence humanitaire, 14 projets ont été sélectionnés en janvier 2026 et leurs équipes invitées à peaufiner leurs prototypes et les documentations associées. Objectif : faire partie des trois projets finalement désignés lauréats.
Et le verdict est tombé en mai. Pour la catégorie « Premiers secours citoyens et protection », les membres du jury ont ainsi salué I(NON)dation, conçu par Cap Science (France), qui propose un batardeau open source fabriqué à partir de barrières Vauban. Purisource (France), imaginé par cinq jeunes d’Entreprendre pour Apprendre, a, de son côté, été récompensé pour la catégorie « accès à l’eau et à l’alimentation ». «La gourde est rétractable et est constituée d’un bouchon filtrant qui peut s’enlever et se mettre dans un autre récipient ou une autre gourde », précisent Rhamata, Khadidia, Awa, Casimiro et Raphaël. Une solution pour potabiliser l’eau où que l’on soit.
Troisième projet lauréat, onHoff (Côte d’Ivoire), réseau offline local, a finalement convaincu un jury en attente de solutions reproductibles et répondant à des besoins concrets pour la catégorie « Communication de crises, entraide et autonomie énergétique ». Tous trois ont reçu la somme de 6000 euros pour finaliser leurs solutions. Et leurs prototypes seront présentés au Faire Festival de Toulouse du 28 au 30 Mai 2026, et intégrés à la boîte à outils des communs d’urgence.